Mouvement du Nid

Sortie en France le 2 février 2011

Le Mouvement du Nid - France partenaire de "Slovenian Girl" : attention, film saisissant

Le Mouvement du Nid - France, partenaire du film Slovenian Girl, conseille chaleureusement cette oeuvre du réalisateur slovène Damjan Kozole. Sans manichéisme ni misérabilisme d’aucune sorte, c’est le portrait d’une jeune femme forte, qui en découd avec les impératifs sociaux - et particulièrement la "réussite" matérielle - qui sont venus se plaquer sur la Slovénie ces dernières années, qui ont vu son raccordement à l’Union Européenne...

Slovenian Girl

sortie nationale le 2 février 2011

Dans les cinémas suivants :

Paris - MK2 Beaubourg
Paris - Espace St Michel
Paris - MK2 Parnasse
Paris - Le Publicis

Ris Orangis - Les Cinoches

Le Mans - Les Cinéastes
Strasbourg - Le Star
Lille - Le Métropole
Valence - Le Navire
Avignon - Utopia

Critique de Slovenian Girl

par Nicolas Journet

Avec ses longs cheveux noirs encadrant un visage diaphane, ses lèvres closes en une moue dédaigneuse, son corps menu à peine sorti de l’adolescence, ses vêtements passe-partout, sa meilleure amie et ses parents divorcés, Aleksandra, 23 ans, a tout de l’étudiante classique partie étudier à la capitale.

Elle habite Ljubljana, en Slovénie, mais ce pourrait à Paris, ou dans tout autre pays européen. Elle est la « girl next door », celle qu’on voit sans la voir, qui vit de petits boulots pour payer son loyer et se faire un peu d’argent de poche.

Mais cette normalité n’est qu’un masque. Occasionnellement, Aleksandra se prostitue via des petites annonces sous le nom de « Slovenian Girl ». De chambre d’hôtel en appartement, elle donne son corps contre quelques centaines d’euros, mécanique bien huilée jusqu’à ce qu’un de ces clients meurt d’une surdose de Viagra.

Avec un tel pitch, il aurait été facile de verser dans le glamour ou dans le sordide. D’autres réalisateurs se sont fracassés sur ce sujet complexe qu’est le système prostitutionnel, pas Damjan Kozole.

De séquence en séquence, le cinéaste slovène tisse un portrait subtil de son héroïne. Aleksandra n’est pas un ange. Elle aime l’argent, pour la sécurité qu’il lui procure, vénale plus par pragmatisme que par goût du luxe. Mythomane, elle prétexte une tumeur pour décaler un examen, et joue ensuite de ses charmes auprès de son professeur pour obtenir la moyenne.

Mais Aleksandra n’est pas un démon non plus. Pas une sorcière se vautrant avec délice dans les fantasmes plus ou moins pervers de ses clients. Chaque de scène de sexe en est le cinglant rappel. Pas de tendresse dans ses rencontres tarifées, ni avant ni pendant ni après l’acte, juste des chairs qui se rencontrent, humains devenus objets.

Damjan Kozole souligne avec pertinence les effets de la prostitution. La dépersonnalisation provoquée par la multiplication des identités : Aleksandra, Slovenian Girl, Naïve… La solitude glaçante face à l’impossibilité d’en parler à ses proches ; La dissociation terrible qui s’instaure entre le corps et l’esprit ; Un dégoût de soi et des autres qui colle à l’âme.

Point de libération sexuelle dans une passe, aucune émancipation dans une réalité où les proxénètes locaux chercheront tôt ou tard à exercer leur mainmise, jamais de féminisme en action, seulement la reproduction bête et méchante de la domination patriarcale, où l’homme peut se permettre d’assouvir ses besoins « irrépressibles » aux dépens de la femme.

Certes, la prostitution est l’aboutissement d’un parcours. L’intérêt de « Slovenian Girl » est de montrer combien la société en est complice. La précarité sociale est un terreau fertile. Il y a toujours un crédit à rembourser. Une dette à payer. De l’argent à débourser en quantité. Toujours plus.

Le capitalisme isole, déconstruit famille et groupe, pour mieux exploiter les individus. Il donne à voir un rêve. Souvent américain. Cette langue anglaise qu’apprend Aleksandra comme un passeport pour la richesse. Ou simplement européen dans ces Balkans et autres pays de l’Est relevant doucement la tête après leurs années communistes.

Mais où est l’espoir d’une vie meilleure quand ceux qui dirigent ne renvoient que pulsion de mort ? Le ballet continu et ridicule des carrosses blindés des participants au sommet européen qui rythme le film est une charge politique d’une violence inouïe. Le député allemand adipeux comme premier client d’Aleksandra fait le lien.

Comme l’écrit si bien le romancier David Peace, quelque part, aujourd’hui, « nous sommes tous des prostituées ». Elles ne sont que les maillons les plus faibles d’une chaîne qui nous enserre tous. C’est en cela que leur sort doit nous importer. Et « Slovenian Girl » de résonner comme un signal d’alarme.

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