Mouvement du Nid

Le Parisien, 28/05/2015

Les chiffres chocs de la prostitution

Pascale Égré

Pour la première fois, une étude a quantifié le coût économique et social de la prostitution en France : 1,6 milliard d’euros par an. Une analyse non scientifique mais qui intéresse le gouvernement.

C’est une étude inédite en France et même en Europe. Baptisée "ProstCost", elle propose une « estimation du coût économique et social de la prostitution en France ».

Financée par la Commission européenne, elle a été réalisée par le Mouvement du nid, association de soutien aux personnes prostituées favorable à la pénalisation des clients, et par la société d’ingénierie Psytel - qui avait conduit le même type de travail sur les violences conjugales en 2009. Alors que la proposition de loi sur la lutte contre le système prostitutionnel, vidée de son contenu au Sénat sur le volet client et l’abrogation du délit de racolage, revient devant l’Assemblée le 12 juin, cette étude suscite l’intérêt du gouvernement. Ce sont des données nouvelles, qui vont dans le sens de ce que nous défendrons lors des débats, explique l’entourage de la secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, Pascale Boistard, à qui les résultats ont été présentés mardi.

Les chiffres de l’étude, qui sont avant tout des évaluations, mettent en lumière le double fardeau, économique et social, que la prostitution fait peser sur ses victimes et sur la société, souligne le secrétaire général du Mouvement du nid, Grégoire Théry. Voici ses principaux résultats (www.prostcost.org).

37 000 personnes prostituées en France dont 62 % sur Internet. Il y aurait entre 30 000 et 44 000 prostituées en France, estime l’étude, soit 37 000 en moyenne, dont 85 % de femmes, 10 % d’hommes, 5 % de transgenres. La prostitution s’exercerait à 62 % sur Internet - un recensement inédit a été effectué à partir de deux importants sites d’annonces - à 30 % dans la rue, à 8 % indoor (bars et salons de massage). Reconstitué à partir des multiples données (police, associations, experts...), ce chiffre pivot — qui fonde tous les autres calculs — représente quasi le double de l’estimation usuelle (18 000 à 20 000 prostituées). Grégoire Théry le reconnaît : Les sources de données sur la prostitution étant peu nombreuses, l’établissement de méthodes de calcul reste difficile. C’est pourquoi nous livrons nos fiches de calculs, en toute transparence, à d’autres évaluations futures via un logiciel partagé en ligne.

1,6 milliard d’euros de coût. C’est le montant, selon l’étude, du coût économique et social de la prostitution en France. Certains de ces chiffres sont estimés à partir d’enquêtes existantes : ainsi les coûts médicaux (70 à 102 M€) calculés à partir des données de l’étude ProSanté de l’Institut de veille sanitaire (InVS/Fnars 2013). D’autres, comme les conséquences sociales indirectes (suicides, placement des enfants, décès... 306 M€) ou les coûts humains (311 M€), relèvent davantage d’hypothèses. Ces évaluations permettent cependant d’objectiver la violence inhérente à la prostitution, l’atteinte qu’elle inflige aux personnes prostituées et à leur santé, avance Grégoire Théry. Quant à l’évasion fiscale (853 M€), qui représente la moitié du coût total, l’étude se fonde sur un calcul d’un chiffre d’affaires de 3,2 Mds€ et reprend l’estimation d’un rapport du ministère de l’Intérieur sur l’argent de la criminalité organisée en France, qui évalue à 45% la partie des recettes exportée à l’étranger par les réseaux -et qui échappe donc virtuellement au fisc.

65 € d’aide. Ce que dépense l’Etat pour l’accompagnement social des personnes prostituées est dérisoire au regard des sommes que le système prostitutionnel lui fait perdre, enchaîne Grégoire Théry. L’étude permet d’affirmer que les 2,4 M€ de fonds publics alloués aux associations spécialisées ne représentent que 65 € par an et par personne prostituée.

3,2 Mds€ dépensés par les clients. Tel serait le chiffre d’affaires de la prostitution. Soit autant d’argent qui revient aux réseaux de la traite et que les clients n’injectent pas dans l’économie classique, explique Grégoire Théry, dont l’association est favorable à la pénalisation de la demande. Le Mouvement du Nid, qui entend peser dans les débats et les arbitrages budgétaires, ne perd pas de vue ses objectifs : l’étude lui permet de mettre en lumière le fait que la prostitution répond avant tout à une logique de profit, martèle son secrétaire général, dans un marché où le client tient un rôle clé.

Sourece : Le Parisien, 28 mai 2015.

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