Mouvement du Nid

13 novembre 2013

Lettre ouverte : pourquoi nous soutenons la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel

Si ce texte de loi demande à être amélioré - et nous soutenons des amendements à cet effet - il n’en reste pas moins novateur, et marque une étape historique dans l’évolution de notre société.

une action de la Délégation du Gard

Depuis bientôt cinquante ans, la délégation du Gard du Mouvement du Nid est présente sans discontinuité, mais dans la discrétion, auprès des personnes prostituées pour les rencontrer à mains nues, les écouter et les accompagner dans leurs démarches de réinsertion si elles le souhaitent.

Depuis toujours, nous nous battons contre toutes les formes de marginalisation, de rejet, d’exclusion, de sanctions pénales dont elles sont l’objet.
Nous sommes témoins et nous dénonçons les violences physiques, psychologiques et sociales [1] que les personnes subissent sur les trottoirs des boulevards de Nîmes ou d’ailleurs, ainsi que sur les routes de notre département.

Notre expérience locale mais aussi nationale, avec les 32 autres délégations en France, nous permet de dire que la prostitution est une industrie, un commerce lucratif de la violence sexuelle. Elle repose sur le pouvoir des uns sur les autres et sur le poids de l’argent.

Les nombreuses nationalités des personnes rencontrées lors de nos sorties confirment que la traite des êtres humains est la source première de la prostitution.

La prostitution, la dernière violence faite aux femmes que la loi ne condamne pas ?

La prostitution reste un territoire d’exception, alors que notre société condamne avec la plus grande fermeté le viol, le harcèlement sexuel au travail, les violences conjugales.
La proposition de loi qui sera examinée et soumise au vote de l’Assemblée Nationale du 27 au 29 novembre s’inscrit dans un long processus de prise de conscience du fait que la prostitution n’est plus acceptable dans une société moderne où les citoyens sont égaux, libres et solidaires :

Si ce texte de loi demande à être amélioré, il n’en reste pas moins novateur. Il marque une étape historique dans l’évolution de notre société :

- le corps de la femme n’est pas une marchandise à la disposition du bon plaisir sexuel des hommes ;
- la sexualité doit être libérée de tout rapport de domination par le pouvoir, l’argent, ou la violence ;
- le renversement historique de cette loi est de faire passer la charge pénale de la personne prostituée vers le client : la personne prostituée est une victime qui doit être enfin libérée du délit de racolage car ce n’est pas elle la délinquante.

La loi prévoit aussi :

  • le renforcement de la lutte contre les proxénètes et la traite des êtres humains, y compris sur internet :
  • un accompagnement cohérent (coordination des actions par les instances départementale, un fonds pour l’accompagnement social et professionnel, parcours de sortie pour celles qui le désirent ;
  • des alternatives, tout particulièrement pour les personnes en situation illégale (autorisation de séjour de six mois ouvrant droit à une activité professionnelle) ;
  • le droit à réparation pour les victimes du proxénétisme :
  • un travail en amont, par l’éducation et la prévention, auprès des jeunes en particulier ;
  • le client, ce grand inconnu jusqu’à aujourd’hui, est nommé et responsabilisé par une contravention de 5ème classe soit jusqu’à 1500 euros d’amende, inscrite pour trois ans sur le casier judiciaire.

Seul, ce dernier point fait l’objet de nombreux débats et se retrouve farouchement mis en avant par les opposants à cette proposition de loi. Au nom de leur liberté personnelle, ils s’octroient le droit de disposer librement du corps des personnes prostituées parce qu’ils paient, occultant ainsi toute la violence et les contraintes inhérentes à la prostitution, subies par les personnes prostituées.

Oui pour disposer de son corps
Non pour disposer du corps de l’autre

Le Mouvement du Nid souhaite que des amendements améliorent la loi, et, en autre que :
- pour les personnes en situation illégale et victimes de la traite des êtres humains, l’autorisation provisoire de séjour pour une durée de six mois soit automatiquement reconductible tout au long de leur parcours de sortie et d’insertion professionnelle ;
- la nature de la peine encourue par les "clients" ne soit pas une simple contravention par le tribunal de police, mais un délit de recours à la prostitution par le tribunal correctionnel, sans que cela n’entraîne de peine de prison. Si le recours à la prostitution est une violence grave faite aux femmes et une atteinte à la dignité de la personne, il ne doit pas être sanctionné comme un trouble mineur ;

Enfin, abolition ne veut pas dire éradication de la prostitution :
- l’abolition de l’esclavage voici 150 ans n’a malheureusement pas encore mis fin aujourd’hui à l’esclavage. Néanmoins, le contrevenant sait qu’il enfreint la loi et que cet acte barbare est contraire aux droits humains et à la dignité de la personne ;
- abolir n’est pas interdire car l’interdiction ne vient pas dire la violence de la prostitution ni l’atteinte à la dignité de la personne ;
- abolir la prostitution et responsabiliser le client c’est donner de nouvelles normes, c’est tracer une ligne blanche entre ce qui est ou non acceptable entre les femmes et les hommes, c’est miser sur les vertus de l’interdit social. C’est dire non à la marchandisation du corps humain et de la sexualité. C’est construire un projet de société avec une volonté de transformation sociale, politique, culturelle pour l’émanclpation humaine et l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. C’est promouvoir une sexualité respectueuse de l’autre, librement consentie, et libérée de l’emprise du marché.

Notre Mouvement restera mobilisé auprès des personnes prostituées, veillera à l’application des dispositions de cette nouvelle loi et continuera d’être acteur, tant au niveau national que départemental, de la promotion d’une véritable égalité Femmes/Hommes.

Les membres de la Délégation du Gard vous remercient de toute l’attention que vous venez d’apporter à leur expression, et se tiennent à votre écoute pour tous échanges sur leurs convictions et leurs actions.

[1À lire sur ce site : Prostitution, une violence sans nom.

À lire dans la presse :

Nîmes : l’association Le Nid veut dénoncer la violence de la prostitution, Midi Libre, 18 novembre 2013.

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