Mouvement du Nid

Mars 2010

"Maisons closes" : La prostitution est une violence faite aux femmes, quel que soit l’endroit où elle a lieu !

Jeudi 18 mars 2010, un grand quotidien national offre un énième boulevard à l’un des clichés favoris en matière de prostitution, la « maison close ». Au milieu d’articles donnant largement la part belle aux défenseurs des bordels trône l’inévitable sondage indiquant que plus de la moitié des français serait favorable à la « réouverture ».

C’est une pénible manière de « célébrer » le septième anniversaire de la Loi sur la sécurité intérieure, qui introduisait la conception du « racolage même passif » et aggravait ainsi le quotidien des personnes prostituées. Celles-ci étaient déjà poursuivies comme des coupables, faudrait-il maintenant les enfermer dans l’espace clos du bordel ?

Oui, pour le propre bien, répondent en choeur les défenseurs des « maisons », elles y seraient prémunies contre les violences, à l’abri des intempéries et des mafieux.

Hélas, la « mafia », les proxénètes — criminels internationaux ou plus modestes profiteurs — prisent les bordels, lieux d’emprisonnement où stocker plus commodément la marchandise-femme et dispositifs bien pratiques pour le blanchiment d’argent : rappellons cette déclaration de Karina Schaapman, conseillère municipale de la ville d’Amsterdam : « au lieu d’assainir la filière, la politique de licences accordées depuis octobre 2000 aux maisons closes a abouti à une situation incontrôlable. »

Protégées des violences, alors ? Douillettement installées dans une chambre pourvue d’ingénieux dispositifs d’alarme, les personnes prostituées pourraient être secourues au premier danger. Or le premier danger, selon les principales intéressées et sur la foi de dizaines d’enquêtes internationales, c’est le « client » prostitueur, coupable de la majorité des violences vécues par les personnes prostituées : c’est lui qui frappe, viole, refuse le préservatif.

Et quel bordel envisagerait, s’il ne veut faire faillite, de s’en prendre au « client-roi », fut-il coupable des pires violences ? Là encore, toutes les recherches prouvent que les bordels (ou salons de massage, bars montants, vitrines...) sont le théâtre d’autant de violences que le "trottoir". Et encore : comme l’expliquent les personnes prostituées, sur le "trottoir", on peut s’enfuir, appeler à l’aide, arrêter une voiture... dans un bordel, seul le proxénète vous entend.

Et comment ignorer que la toute première violence de la prostitution consiste à mépriser le désir d’autrui, de s’arroger un droit sur sa sexualité, en se dédouanant par quelques billets ? Il faut écouter, non des politicienNEs ou des journalistes – qui soucieux de démagogie, qui de sensationnalisme – mais les personnes prostituées, qui sont les premières à refuser fermement le retour des bordels... et ce d’autant plus lorsqu’elles les ont « expérimentés » en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas...

Nous affirmons que les violences faites aux femmes – parmi lesquelles nous comptons la prostitution – ont une origine sexiste et sont le produit d’un système patriarcal historique, instituant la domination des femmes par les hommes. Accepter le système prostitutionnel, encourager les hommes à acheter le corps des femmes, n’est rien d’autre que promouvoir ce système de domination : cela ne peut conduire qu’à réaffirmer qu’il serait normal que les hommes contrôlent et utilisent le corps des femmes et leur sexualité.

Ces associations soutiennent cette position


Association de Femmes Euro-méditerranéenne Contre les Intégrismes (AFEMCI) ;
Association Française des Femmes Médecins (AFFM) ;
Alliance des Femmes pour la Démocratie ;
Association de Solidarité avec les Femmes Algériennes Démocrates (ASFAD) ;
Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (CAMS) ;
Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV) ;
Conseil National des Femmes Françaises (CNFF) ;
Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF) ;
ÉluEs Contre les Violences Faites aux Femmes (ECVF) ;
Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF) ;
Femmes Solidaires ;
Fondation Scelles ;
Mouvement Jeunes Femmes ;
Regards de Femmes ;
Zonta Clubs de France

Tout comme le Mouvement du Nid, ces associations font partie du Collectif Grande Cause nationale contre les violences faites aux femmes, dont nous vous invitons à visiter le site :
http://www.violencesfaitesauxfemmes.com.

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