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Janvier - Février 2008


Montpellier, échos de campagne

À la suite de l’anniversaire des 70 ans du Mouvement du Nid et du lancement de la campagne "Vous êtes client ?", deux journaux de l’agglomération de Montpellier, "Harmonie" et "Notre Ville", ont rencontré les militants de la délégation de l’Héraut.


Jean-Louis Bevalacqua
Un désir partagé pour une sexualité épanouie

Délégué départemental du Mouvement du Nid, Jean-Louis Bevalacqua prône l’abolitionnisme dans le domaine de la prostitution et met en cause la responsabilité du client. Rencontre.

-  Qu’est-ce que le mouvement du Nid ?

Jean-Louis Bevalacqua : Le mouvement est une aventure humaine qui se poursuit depuis 70 ans. Le Nid est né de la rencontre d’un prêtre et d’une ancienne prostituée dans l’esprit du catholicisme social qui était très actif dans les années 30. Reconnu d’utilité publique en 1986, le Nid poursuit trois objectifs : tout d’abord des actions de prévention et de sensibilisation de l’opinion publique sur le phénomène de la prostitution, puis des actions concrètes d’aide sous forme d’écoute et de refuges pour les prostitué(e)s, et enfin des actions sur les causes et les conséquences de la prostitution.

-  Pourquoi combattre la prostitution ?

J-L.B : Si nous luttons contre la prostitution, nous ne sommes en aucun cas contre les prostitué-e-s qui sont des victimes d’un système. Les rapports sexuels non désirés sont une vraie violence faite au corps et à l’esprit. Il ne s’agit pas de morale, mais de respect. Pour nous, il n’est pas question de réglementer la prostitution mais de l’abolir comme on a aboli l’esclavage ou la peine de mort. Je pense que la loi doit être claire et dire : Vous n’avez pas le droit d’acheter ou de louer le corps d’autrui, ceci même avec son consentement. Car c’est facile d’amener quelqu’un à consentir surtout quand l’argent est en jeu !

-  Faire évoluer les esprits et les comportements, c’est un problème d’éducation ?

J-L.B : Tout à fait. La libération sexuelle a eu lieu dans les années 70, mais la révolution sexuelle n’aboutira que le jour où elle aura comme fondement le désir sexuel partagé. De nos jours nous avons tous les outils pour enseigner des relations sexuelles épanouissantes (la science, la psychologie, l’histoire), mais la domination masculine est toujours un désastre qui a la vie dure presque partout sur la planète.

Il faut revoir l’éducation sociale, familiale qui demande aux garçons d’être conquérants, performants. Ils doivent dominer. En réalité beaucoup d’hommes sont mal avec ça, d’où des frustrations.

-  Pourquoi le Nid s’en prend-il aux « clients » ?

J-L.B : Sans les clients, il n’y aurait pas de prostitution, c’est une violence. Il nous faut donc responsabiliser le client, lui faire comprendre qu’il est négligent de l’autre, oublieux des droits humains. Je dirais même que le plus doux des clients reste tout de même le plus doux des bourreaux. Il faut que les clients, pour prendre conscience, se projettent dans la situation des prostitué-e-s. Que ressentiraient-ils si leur propre désir était nié et qu’on leur imposait à répétition des relations avec des êtres non désirés ?

-  Vous lancez une campagne forte. Quel est votre message ?

J-L.B : Cette nouvelle campagne vise à interpeller l’opinion publique, les clients de la prostitution et toute personne susceptible de devenir client de la prostitution, que ce soit de façon régulière ou occasionnelle. Le raisonnement induit est simple : Si je refuse la prostitution pour les miens, à savoir les personnes de ma famille, pourquoi devrais-je l’accepter pour les autres ?

Aujourd’hui le discours qui tend à justifier la prostitution pour progressivement l’aménager se généralise. Le Mouvement du Nid pose alors la question : pour qui ? La majorité de la population française refuse, que ce soit pour leurs proches, leur famille ou leurs amis. Alors, pourquoi pour les autres ? La symbolique du tatouage appuie le caractère indélébile de cette pensée chez beaucoup d’hommes. La mère et la soeur sont souvent des icônes sacrées auxquelles il ne faut absolument pas toucher...

- Harmonie janvier 2008

Pour que le corps des femmes ne demeure pas un lieu de défoulement
Trois questions à Millie Vié, chargée de mission à la délégation du Nid de Montpellier

La campagne de sensibilisation 2008 vise la responsabilisation du client. Celui-ci appartient au groupe le plus important du système et entretient à lui seul, quoiqu’impunément, le phénomène.

Selon le Mouvement du Nid, un discours complaisant sur la prostitution se généralise aujourd’hui. Cette prétendue tolérance trouve cependant ses limites. Chez beaucoup d’hommes, mères et sœurs tiennent souvent de "l’icône sacrée". Il ne faut pas y toucher. Le dégradant, c’est pour la putain, cet être à part. Sur l’affiche conçue pour la campagne qui débute en février, le tatouage appuie le caractre indélébile de cette pensée inscrite dans leur chair. Pourtant, les personnes prostituées ne sont-elles mères, filles ou sœurs de personnes ?

La campagne 2004 mettait l’accent sur l’aspect tarifé, en insistant sur le fait que la prostitution n’est pas un problème de sexualité, mais de marchandisation des corps. Une précédente affiche interpellait l’opinion avec la photo d’une (toute) petite fille trop maquillée, interrogeant : "À partir de quel âge est-ce normal ?"
Chaque fois, l’association veut interpeller l’opinion publique, les clients ou futurs clients de la prostitution, réguliers ou occasionnels. Le service d’affichage municipal apporte son soutien. Bus, abris bus et réseau des Maisons pour tous sont mis à disposition. Sur le site de l’association vous pouvez signer le "Manifeste pour une société sans prostitution".

-  La prostitution, un monde parallèle ?

C’est un monde enfermant. Le client vit un mal-être, mais il n’a pas de lieu pour en parler. Cette relation ne résout rien. Il faut un gros budget. La famille souffre. C’est déstructurant.
La personne prostituée est souvent en situation de fragilité psychologique, sociale ou économique. L’argent entre rapidement, ce qui ne veut pas dire facilement. Elle ne profite pas de cet argent, mais achète des produits de colmatage de l’estime de soi - stupéfiants, bijoux - ou noie littéralement ses proches de cadeaux. Cela ne paie pas le loyer ! En quittant ce monde, il faut réapprendre à vivre, casser les mécanismes. La personne prostituée qui se dit heureuse fait de l’autosuggestion... une forme de protection.

-  Les mentalités ont-elles changées ?

On constate un recul global de l’image de la femme, dans la société et notamment en milieu scolaire. Les étudiants qui sourient, lorsqu’on leur dit qu’ils ne font pas que boire dans les bordels catalans, ont déjà un comportement de clients.
Les enterrements de vies de garçons, toutes ces pratiques culturellement ancrées dans l’inconscient collectif... Pas ma mère, pas ma sœur, pas mon mec... c’est pareil.

-  II existe différents régimes..

La France a adopté un régime abolitionniste : hors proxénétisme, toute personne majeure a le droit de faire ce qu’elle souhaite. Au contraire, l’Allemagne a choisi un régime réglementariste. Les femmes sont enregistrées, le proxénète est un chef d’entreprise. Enfin, un régime prohibitionniste, condamnant proxénète, client et prostituée, est en vigueur dans certains états des Etats-Unis et des pays du Proche-Orient. Il s’agit d’une hypocrisie d’Etat.

Chez nous, le client est un fantôme. La personne prostituée, elle, est perçue à la fois comme victime et responsable. L’Etat nous finance pour la "réinsérer", mais il l’arrête pour racolage. Au final, il la taxe en réclamant l’Urssaf.

En Allemagne, on constate qu’un bordel légal en attire 4 ou 5 illégaux. L’afflux de personnes en situation irrégulière et la traite humaine se développent. Ils veulent assurer la diversité de l’offre, l’exotisme...
On dit que c’est un métier comme un autre. Va-t-on créer un bac prostitution ? L’ANPE allemande radie si on refuse 3 emplois, sauf pour la prostitution... par la grâce d’une simple jurisprudence. Un métier comme un autre ?

- Notre ville, février 2008


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