Mouvement du Nid

30 janvier 2010

« Travailleu(r)ses du sexe » de Jean-Michel Carré : un documentaire sexiste, réactionnaire et dangereux.

Le documentariste Jean-Michel Carré sillonne la France depuis le 27 janvier 2010, avec son nouveau film dédié la prostitution comme un métier. Pour le Mouvement du Nid – France, ce documentaire est une dangereuse promotion de la prostitution, glosant sur la prétendue liberté des personnes prostituées et omettant toute la réalité sordide de leur quotidien.

Affirmant vouloir rendre compte de la prostitution « choisie », heureuse et volontaire, Jean-Michel Carré filme le quarteron de militants pro-prostitution que nous avons vus et revus vanter les joies du métier sur divers plateaux de télévision. Éternelles absentes, les personnes prostituées qui tiennent un autre discours, de révolte celui-là : tellement plus nombreuses, mais qui n’osent pas se montrer devant une caméra, séquestrées qu’elles sont sous le poids d’un regard social impitoyable. Leur parole restera bâillonnée. Tant pis pour elles.

Que nous donne à voir et à entendre ce documentaire ?

« Travailleurs du sexe », c’est d’abord une logorrhée sexiste, qui assène les clichés les plus éculés : toutes les femmes sont des putes, seulement certaines, plus franches, se font payer « avant » ; mais elles sont aussi la mère mal-aimante, la femme castratrice, en dernière analyse les véritables responsables de la prostitution : un « client », c’est quelqu’un qui a été « castré grave par sa femme ». Enfin, si certaines s’alarment de la prostitution, c’est peut-être qu’elles ont « un problème dans leur sexualité » - retour de l’antique insulte : les féministes seraient avant tout « mal-baisées ». Bref : c’est la faute des femmes.

Après les féministes, deuxième bête noire : les abolitionnistes. Le discours servi dans le documentaire et la communication qui l’entoure en font des terroristes exerçant une maltraitance psychologique. Les abolitionnistes réclameraient toujours plus de répression, ne considéreraient que les pauvres victimes, traiteraient les autres de « salopes ». « Travailleurs du sexe » ne se donne jamais la peine de fournir des preuves de ce qu’il avance, et pour cause : les abolitionnistes en réalité réclament la fin de toute répression à l’encontre des personnes prostituées, et sont les alliés de chacune d’entre elles, sans discrimination.

Quels résultats vise « Travailleurs du sexe », en diffusant d’une part une idéologie sexiste réactionnaire, et d’autre part, en tâchant de saper un des meilleurs appuis des personnes prostituées, les abolitionnistes, qui forment le gros de leurs soutiens, depuis des décennies et sans esbrouffe ?

D’abord, calomnier. Il en restera toujours quelque chose. Ensuite, et surtout, conforter le système prostitutionnel, réaffirmer les « clients » prostitueurs dans leur bon droit, leur garantir l’accès à un « cheptel de femmes », et laisser les coudées franches aux proxénètes. Le tout, sous prétexte d’en finir avec une vision moralisante de la prostitution ! Mais la prostitution n’est pas contraire à la morale. Elle est précisément le maintien d’un ordre ancien où l’homme dispose et la femme s’exécute, où il est en droit d’exercer des violences et de la traiter de pute. Sans compte à rendre.

La diffusion du documentaire de Jean-Michel Carré, « Les travailleurs du sexe » inaugure un bien triste tour de France, alors que la lutte contre les violences faites aux femmes, dont la prostitution, font l’objet de la Grande Cause Nationale pour 2010.

À Lorient, Lyon, Paris et demain dans d’autres villes de France viennent pavaner sous un vernis « libertaire » les tenants d’un discours archaïque, qui puise au plus fort de l’inégalité et de la violence de la domination masculine. Le Mouvement du Nid - France ne restera pas inactif pour que de nombreuses voix s’élèvent pour rejeter le système prostitutionnel, violence à l’encontre des femmes, obstacle à l’égalité.

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