« C’est une histoire d’humaine, c’est la mienne »

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En raison du confinement, l’exposition réalisée par la délégation d’Eure-et-Loir et les femmes accompagnées n’a pas pu se tenir, en présence physique. En revanche, le projet a été retravaillé pour devenir une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux, relayée nationalement, à l’occasion de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes.

Le projet, conçu par l’équipe de la délégation suite à de longues réflexions, est né grâce à une subvention accordée par la « politique de la Ville », dans le but de créer un outil de sensibilisation sur les violences faites aux femmes à travers l’art, pouvant être utilisé dans différentes actions, auprès d’un grand public et dans plusieurs endroits (établissements scolaires, centres sociaux, associations, etc.).

« Nous avons décidé de construire un projet permettant de sensibiliser sur le système prostitutionnel et les violences faites aux femmes victimes, mais aussi de partir de la réalité du terrain, des histoires et parcours des femmes accompagnées par la délégation afin de mettre l’accent sur les violences subies par ces dernières et de mettre en valeur leur combat pour une sortie de la prostitution », explique la délégation.

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« Le monde entier doit savoir la réalité de la prostitution »

Lorsque les membres de la délégation ont présenté ce projet de sensibilisation aux femmes accompagnées par l’équipe, plusieurs d’entre elles ont été très vite d’accord pour participer et témoigner. Elles ont exprimé leur souhait d’aider  à sensibiliser les jeunes femmes et à faire cesser l’exploitation sexuelle. « Le monde entier doit savoir la réalité de la prostitution », ont-elles dit, souhaitant pouvoir atteindre les jeunes, le grand public, mais aussi des autorités pour qu’elles comprennent qu’elles sont des victimes et qu’elles ont été exploitées.

Une des femmes a même demandé s’il serait ensuite possible d’utiliser le projet, une fois finalisé, pour le diffuser au-delà du territoire français, au Nigéria, pour que les jeunes femmes sachent la réalité du système prostitutionnel, le parcours migratoire, les violences subies, l’exploitation dans toutes ses formes et arrêtent de croire les trafiquants exploiteurs (les mama) et de quitter leur pays en espérant une vie meilleure et en ignorant le sort qui leur est réservé.

Une fois l’adhésion au projet emportée, l’équipe a rencontré des artistes :

« En août 2020, nous avons rencontré Sist’Aïyo, artiste slameuse, qui a travaillé sur d’autres projets notamment avec des jeunes (sur les discriminations, violences policières…). Elle a proposé d’écrire un texte à partir des témoignages des femmes et de nous mettre en contact avec une photographe, Virginie Boutin, pour la prise de photos à partir du texte et des témoignages ».

Des sessions ont été organisées en août et septembre. Sept femmes y ont participé, d’autres, parce qu’elles travaillaient ou étaient en formation, n’ont pu se joindre au groupe. Toutes ont évoqué l’inégalité entre les sexes et le fait que parce qu’elles sont des femmes qu’elles ont subi ces exploitations sexuelles. Certaines ont évoqué le sacrifice « pour sa famille », elles ont toutes aussi parlé des violences dans la prostitution (violences physiques, psychiques, la dissociation), des hommes « clients » (profils, violences commises par eux…).

Elles ont aussi soulevé un point important en décrivant les hommes : « les femmes sont toujours responsables des actes commis par les hommes ». Par exemple, elles ont évoqué les raisons que les hommes donnaient à ces femmes victimes de la prostitution : « je viens te voir parce que ma femme n’est pas belle, ne prend pas soin d’elle, ne sait pas faire les mêmes choses que toi, je ne peux pas lui demander ces actes… ». Elles ont également toutes évoqué l’importance de l’école, l’éducation des filles, l’importance d’éduquer les garçons et les filles sur l’égalité et la solidarité entre les femmes.

À partir de ces séances, Sist’AïYo a lu un slam qu’elle a rédigé en reprenant les témoignages, un moment fort pour l’équipe et les femmes accompagnées.

« Après la lecture du texte, un long moment de silence. Virginie a ensuite présenté son travail, et la séance photos a commencé. Il y a eu un formidable travail collectif, la solidarité entre elles, l’énergie positive, elles étaient ensemble, elles rigolaient, elles attendaient de voir les photos ».

Le résultat est là, mais l’expo ne peut avoir lieu pour le moment en présentiel, en raison de la crise sanitaire. C’est pourquoi il a été décidé de valoriser le texte et les photos pendant dix jours sur le site et les réseaux sociaux du Mouvement du Nid, et de faire partager ce beau travail collectif, avec le grand public. Une vidéo est également réalisée, combinant photos et slam.

Découvrez déjà, chaque jour, un nouveau visuel de ce magnifique projet :

-sur Instagram : @mouvementdunid

-Sur Facebook : MDN France