Un crève-cœur, le maintien de la pénalisation du racolage

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À notre grand regret, «Prostitution : l’exigence de responsabilité» ne réclame pas l’abrogation des dispositions sur le racolage – à commencer par la Loi sécurité intérieure de 2003 – qui, en pénalisant les personnes prostituées, contredit de facto les projets portés par le rapport. Ce dernier ne propose que d’évaluer l’utilité de maintenir le délit de racolage, misant clairement sur sa prochaine désuétude lorsque la pénalisation des « clients » sera entrée en vigueur.

De l’aveu même des députéEs, l’abrogation immédiate et sans condition du délit de racolage était pourtant une revendication partagée par l’ensemble des associations travaillant aux côtés des personnes prostituées, toute orientation confondue.

L’efficacité relative de cette mesure dans la lutte contre les « réseaux », ses effets désastreux sur les personnes prostituées, sont pourtant dùment reconnus par le rapport…

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Hasard du calendrier ? Moins d’un mois avant la publication du rapport de la mission parlementaire, Médecins du monde rendait publics le 18 mars 2011 les résultats d’une enquête menée auprès de personnes en situation de prostitution rencontrées dans plusieurs villes de France (Nantes, Montpellier, Paris, Rouen, Poitiers).

Le constat est sans appel. La LSI n’a eu que des effets néfastes sur leur santé et leur sécurité. En outre, l’enquête a le mérite de mesurer une intuition que nous avons depuis longtemps : la LSI n’a fait que contribuer à renforcer les sentiments d’impunité et de pouvoir des « clients » face aux personnes prostituées désignées comme coupables.

Les violences dont se rendent coupables les clients prostitueurs en sont donc accrues d’autant. Insultes, menaces, violences physiques… Ces hommes savent qu’ils ne risquent rien, forts de leurs billets et d’un « bon droit » jamais interrogé. La majorité des personnes interrogées ont ainsi déclaré avoir déjà subi des agressions sérieuses : tentatives de vol, coups, violences avec armes, etc.