Any Girl, de Mia Döring

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any girlAvec « Any Girl », Mia Döring, 36 ans, survivante irlandaise de la prostitution, dit avec un immense courage la vérité sur son parcours prostitutionnel et sur le système qui broie tant d’enfants et de femmes.

Mia Döring n’a jamais été à la rue, n’a pas vécu dans une famille profondément dysfonctionnelle mais dans un contexte plutôt « normal » et bienveillant, ce qui rend particulièrement difficile le chemin pour faire la paix avec ce qu’elle a vécu. A 16 ans en effet, sans « réfléchir », après de nombreux échanges de messages, Mia accepte les rencontres sexuelles avec un trentenaire, qui pendant trois ans, deviendra son bourreau-prostitueur : il termine leur première rencontre, très violente, en lui donnant de l’argent. Il lui inflige des violences, la loue à un ami, en fait « sa chose ».

Mia explique la dissociation nécessaire pendant ces années où, parallèlement elle est étudiante, elle a un petit ami…personne ne se doute de rien.

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Une fois qu’elle est sortie de l’emprise de cet homme, Mia Döring n’est pas sortie de la dissociation et la mise en danger traumatique. Prise dans un engrenage, elle devient « escort » pendant plusieurs années. Jusqu’à ce qu’un prostitueur un peu plus brutal que les autres ne tente de la violer. Elle arrête complètement.

Le chemin de la reconstruction et de la sortie du silence commence alors. C’est d’autant plus difficile qu’elle se sent coupable à chaque étape : elle a, se dit-elle, « consenti » à chaque fois à ces actes destructeurs. Avec un immense courage, elle décide alors d’affronter, petit à petit la réalité.

Jusqu’à évoquer ce viol à 16 ans, par un garçon qui semblait tellement ordinaire, un soir où elle était alcoolisée. Il avait l’air gentil, elle lui avait dit non, certes, mais cela ne l’a pas arrêté : il a commencé à la violer alors qu’elle s’était évanouie… Et pourtant, il a continué comme si de rien n’était…et après, la vie a continué, dans le silence…comment était-ce possible, se demande-t-elle ?

Mia Döring, féministe et abolitionniste

L’autrice, analyse aussi le système prostitueur, épingle le « client » – un violeur- qui s’arroge le droit de réduire une femme à un état d’objet, de déshumaniser l’autre : « pourquoi excusons-nous et comprenons-nous tellement facilement ces hommes qui paient pour du sexe, et sommes-nous si jugeant·es envers celles qui le « vendent » ? C’est peut-être pour le mêmes raisons que nous excusons les violeurs et agresseurs sexuels, et croyons si mal leurs victimes(…). En faisant cela, nous n’avons pas à reconnaître que l’homme a vraiment choisi l’acte violent qu’il a commis ».

Elle décrit via son vécu cette acculturation des hommes à la violence. Sur le rôle du paiement, elle affirme : « le cash, est la preuve de la contrainte ET du « consentement » dans le commerce du sexe. Et la compensation monétaire élimine les sentiments et la capacité de se poser des questions, parce que nous aimons croire qu’on ne peut voir les choses que de façon binaire : consentement ou violence ». Pour conclure : « l’adage «’le travail du sexe est un travail’ sert essentiellement à préserver le confort des hommes et à les dédouaner de leur responsabilité dans la violence qu’ils exercent sur les femmes ».

Sortir de la culpabilité, de la dissociation, accepter l’autre, accepter son corps ensuite, c’est un long parcours de combattante pour Mia Döring. Car si la prostitution n’a duré que quelques années, en sortir, s’accepter, s’aimer, est un processus qui n’est pas encore fini…

Avec ce livre, la survivante pose un geste suprême de courage, dire à la face du monde ce qu’elle a subi, mais qui n’est pas ce qu’elle est. Le livre, déjà best-seller en Irlande, montre le soutien inconditionnel des lecteur·ices. Elle a, évidemment, le nôtre.

A lire également, notre article sur « L’Enfer des passes », de Rachel Moran

Et à voir en replay, la rencontre avec la survivante irlandaise à la Cité audacieuse :