Impunité

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Impunité. Hélène Devynck, journaliste et scénariste, est une des victimes ayant dénoncé Patrick Poivre d’Arvor, ex-présentateur du journal de 20 h de TF1. La première à avoir soutenu publiquement Florence Porcel, première accusatrice de l’animateur, elle a écrit ce livre indispensable après le classement sans suite prononcé par la justice. 

Invitée de notre onzième « Lundi de Prostitution et Société » le 9 octobre, Hélène Devynck a donné une terrifiante vue d’ensemble de l’impunité des agresseurs. Ecrire son livre était pour elle un moyen de faire entendre la voix des victimes, et de construire, dans la sororité, un autre récit.
« C’était comme se jeter du haut d’une falaise », dit-elle en expliquant ce que représente le fait de prendre la parole publiquement. Ce saut était pourtant indispensable, après presque 30 ans d’enfouissement de ce traumatisme dont elle ne pensait pas pouvoir parler un jour.

En poursuivant son livre avec le récit de chacune des femmes qui ont accepté elles aussi de témoigner, elle restitue à la fois leur vécu et la stratégie d’agresseur employée par PPDA.
Appelé « le roi soleil », le présentateur dictait sa loi à TF1. Que plusieurs fois par semaine, il ait des invitées, très jeunes, pour le regarder présenter le 20 h, invitées qu’il faisait ensuite attendre dans son bureau, au vu et au su de tous, n’inquiétait personne. « Une fois dans le bureau, il leur sautait dessus, dans un intervalle entre quelques secondes et cinq minutes ». Certaines parvenaient à s’échapper, d’autres pas. S’ensuivaient harcèlement, agressions sexuelles et viols.

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A lire également : Les pièges du consentement

Pendant 30 ans, PPDA a bénéficié d’une totale impunité. Aujourd’hui encore, TF1 fait tout pour éviter de se confronter à sa responsabilité. On ne tue pas la poule aux œufs d’or… L’impunité est renforcée dès lors que l’homme 
rapporte beaucoup à la chaîne.

C’est le cas dans
 des affaires 
plus récentes
avec le maintien 
d’une émission 
sur Stéphane
Plaza par M6
 et un soutien
 au nom de la 
présomption d’innocence. De plus, la solidarité masculine opère : le Président Emmanuel Macron ne donne-t-il pas lui même l’exemple en balayant les accusations contre son ministre de l’Intérieur, Gerald Darmanin, d’un « j’ai eu avec lui une conversation d’homme à homme » ?

Quel message, sachant que ce dernier est le ministre des forces de l’ordre chargés de recueillir les plaintes des femmes victimes de violence…

Toutes menteuses ou impunité générale ?

PPDA usait de son pouvoir comme les prostitueurs usent de celui de l’argent pour disposer des femmes. Aujourd’hui, il va plus loin en osant porter plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse, et traite les 45 femmes qui ont témoigné contre lui de menteuses !

Mais que faut-il donc pour que la justice ne privilégie pas systématiquement la parole de l’homme accusé ? Pour que l’infime possibilité de son innocence soit ce qui l’emporte ? Quelle est la probabilité que l’ex-présentateur dise vrai, demande Hélène
Devynck dans notre webinaire, après avoir consulté un ami statisticien ?

En prenant le chiffre -déjà surévalué de 10 % de faux témoignages, la réponse a fusé, c’et :  1 sur 10 puissance 45 : l’équivalent de la probabilité de tomber sur une molécule spécifique d’eau parmi toutes les molécules d’eau présentes sur la terre ; ou de gagner six fois de suite au loto.

Même si la justice finissait par organiser un procès, aucune « class action » n’est possible en droit. Il faudrait qu’une femme dont l’affaire n’est pas prescrite se « sacrifie » pour affronter les années de procédure et l’avalanche de représailles, menaces, insultes, qu’elle ne manquerait pas de recevoir.

On ne peut qu’encourager la lecture de ce livre, remarquable témoignage et analyse féministe de la stratégie de l’agresseur, et de regarder le replay de notre « Lundi de Prostitution et Société » (ci-dessous), dans lequel elle a conversé avec Catherine Le Magueresse, juriste et autrice des « Pièges du consentement » (Éditions Ixe).

Tous les replays de nos « Lundis de Prostitution et Société » : ici

Impunité, par Hélène Devynck, Editions du Seuil, 2022