2 ans fermes pour un prostitueur de mineure. La fin de l’indulgence ?

Deux ans fermes pour un prostitueur de mineure, et trois ans de sursis. Au total, cinq ans.  Enfin un verdict à la hauteur de la gravité des faits pour un quadragénaire accusé d’avoir recouru à la prostitution d’une mineure de 15 ans. La chose est suffisamment rare pour mériter d’être soulignée.

Le verdict est tombé le 16 janvier 2026, nous apprend Ouest-France. En 2023, sur le site coco.fr, l’homme de 48 ans avait acheté un droit au viol sur une gamine. Ces faits sont quotidiens en France. Mais très peu de ces individus étaient jusqu’ici condamnés tant l’idée que l’argent efface le crime reste ancrée dans la société et dans l’esprit de nombreux juges.

On n’en finirait pas de citer des exemples de l’indulgence qui trois fois sur quatre sauve la mise de ces « consommateurs », prostitueurs impitoyables. En novembre 2025, l’émission Envoyé Spécial, sur France Télévisions, relevait le cas d’une ado de 15 ans séquestrée par des proxénètes et livrée à dix-huit « clients » en cinq jours. Il avait suffi à ces hommes, ostéopathe ou chef d’entreprise, de déclarer qu’ils ignoraient qu’elle était mineure (15 ans… vraiment, ils n’ont pas vu ?) pour s’en sortir avec de maigres amendes de 500 à 700 euros. 

Prostitueurs sans sursis ?

On se souvient aussi des footballeurs Ribéry et Benzema sortis blancs comme neige du tribunal dans l’affaire Zahia en 2014. Il leur avait été ridiculement facile de l’accuser elle d’avoir triché sur son âge. La justice patriarcale les avait crus, eux, les prostitueurs.

Le non lieu ou le sursis ont donc longtemps adouci les peines de ces messieurs, excusés pour leurs « besoins irrépressibles » de chair fraiche.  « On est au degré zéro de la réponse pénale », titrait récemment le Monde. « L’impunité des clients perdure », écrivait de son côté le Dauphine Libéré. Deux exemple entre mille. En 2015, 18 prévenus avaient écopés de 3 mois à 2 ans de prison avec sursis lors du procès d’un réseau de prostitution de mineurs portant sur de jeunes Bulgares.

La récente condamnation du quadragénaire à deux ans fermes serait-elle le signe d’une prise de conscience ? Va-t-on en finir avec la complaisance éternelle qui continue de faire des victimes des coupables, même inconsciemment, et des agresseurs, de pauvres bougres pris d’un moment de faiblesse ? On peut commencer à l’espérer.

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Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.