A Montpellier, la force du travail d’équipe et de la solidarité

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Le confinement, et maintenant le déconfinement, ont largement bouleversé l’activité et la vie des personnes en situation de prostitution. Pour les trois salariées comme pour la vingtaine de bénévoles actives de la délégation du Mouvement du Nid de l’Hérault, il a été essentiel de réussir à conserver le lien, en réinventant l’action. Cela a été possible grâce à la force du travail d’équipe.

Avec le déconfinement, la délégation a pu rouvrir ses locaux. Des permanences réduites et dans le respect des protocoles sanitaires sont effectuées alternativement par les salariées chargées de l’accompagnement, par journée ou demi journée. Des ateliers – de Français langue étrangère (FLE), notamment, ont repris. Le reste du temps, l’accompagnement se poursuit par téléphone.

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« On a toujours eu des personnes qui ont besoin d’une écoute active, mais cela a été particulièrement vrai pendant le confinement, explique Sealia, chargée d’accompagnement.
Le confinement a aussi soulevé de gros problèmes liés à la précarité des personnes que nous accompagnons, poursuit-elle. Pour celles qui sont encore en situation de prostitution, d’un seul coup, il n’y a plus de revenu du tout. Nous avons connu une forte augmentation des demandes de colis alimentaires. »

« Grosse angoisse, solidarité active »

A la délégation, on se réjouit de la solidarité qui s’est mise en place dès le tout début, et de la force du travail d’équipe. Ainsi, souligne Alexandra, chargée de l’accompagnement des personnes en parcours de sortie de la prostitution, « pour les femmes que nous accompagnons, la période a d’abord généré une grosse grosse angoisse, à laquelle il a fallu faire face. Nous avons pris des rendez-vous téléphoniques, parfois physiques quand c’était trop tendu. Nous avons été très soudées en interne pendant toute la période. Rien n’aurait pu se faire sans cette mobilisation permanente de toutes »

Un tissu associatif solidaire

La solidarité a aussi été rendue possible par le travail en commun de tous les acteurs locaux, déléguée aux droits des femmes du département en tête, souligne Alexandra. « J’étais en interaction au moins 3 fois par semaine avec elle, et elle a eu une réelle volonté de prendre en compte les femmes en situation de prostitution. Toutes les semaines un tableau circulait, on mettait à jour où on en était, comment fonctionnait l’asso et l’expression des besoins ».
Cela a permis également d’être mises en relation avec les autres associations de terrain, notamment celles qui étaient sur la plateforme COVID19 qui a permis de fédérer les demandes.
« Le travail en collaboration étroite avec l’Amicale du Nid locale a également été très aidant », souligne Alexandra. Le partenariat avec la Fondation des femmes (voir les infos sur notre partenariat national), a permis d’aider de soutenir financièrement de nombreuses femmes pour leurs besoins quotidiens et pour le paiement des loyers.

De nouvelles associations, que la délégation ne connaissait pas, ont beaucoup aidé.
« Féminité sans abri et Unis-cité nous ont permis de distribuer des kits d’hygiène à plusieurs dizaines de personnes, soulige Gaëlle, chargée de développement. Elles ont été très réactives ».
Enfin, la cagnotte mise en place par l’équipe de la délégation a permis de collecter plus de 1200 euros, avec 30 contributeurs/trices.

En tout plusieurs dizaines de personnes ont pu être aidées pendant le confinement.

Le confinement, déclencheur du souhait de sortir de la prostitution

Alors qu’elles avaient complètement arrêté la prostitution pendant le confinement, des personnes « ne vont pas tarder à la reprendre », explique Sealia. Mais pour beaucoup, cette période très particulière est aussi un déclencheur pour la sortie de prostitution.« Une m’a dit hier, » raconte Sealia « je suis tellement reposée. Je me sens bien dans mon corps, dans ma tête. Elle veut pouvoir ne pas y retourner ».

C’est particulièrement vrai pour des personnes qui avaient déjà en projet de quitter la prostitution, mais qui parfois, ne l’avaient pas encore décidé tout à fait. « elles se sentaient obligées de continuer et se disaient qu’elles pouvaient faire avec. Aujourd’hui, elles ne veulent plus faire avec».

Des femmes qui ne contactaient pas l’association auparavant

Le confinement a par ailleurs permis d’avoir contact avec des femmes que la délégation ne voyait pas auparavant. Notamment des femmes françaises rencontrées lors des sorties sur les lieux de prostitution, mais qui n’avaient pas spécialement de demandes. « On se disait, faut-il qu’on continue à aller les voir aussi régulièrement ? On s’est rendu compte qu’elles nous avaient en tête, raconte Gaëlle. Et elles nous ont appelées pendant le confinement. Même si c’est seulement pour de l’écoute ou des colis ».

Pareil pour des femmes qui avaient été contactées via la « cellulle internet » (qui se charge du contact avec des personnes non pas dans la rue mais qui postent des annonces sur internet).
Certaines, qui jusque là disaient ne pas avoir besoin d’aide, ont contacté l’équipe. « Une étudiante notamment, qui nous avait un peu envoyées sur les roses, a rappelé pour demander du soutien pour arrêter la prostitution. Nous sommes ravies qu’elle nous ait recontactées », explique Gaëlle.

Les parcours de sortie : un point délicat

Pour les personnes en parcours de sortie, la situation a été compliquée fortement par la crise sanitaire, alors même que se manifestaient de nouveaux souhaites de sortir de la prostitution. « Une nouvelle personne a décidé de franchir le pas et de se lancer dans le parcours, explique Alexandra. Elle l’avait déjà en tête, mais n’était pas encore tout à fait décidée. Maintenant ça y est ».

La délégation a rencontré de grosses difficultés, parce que la précédente commission venait d’avoir lieu, 3 semaines avant le confinement, faisant perdre deux mois de droits aux personnes qui venaient de l’obtenir (les parcours de sortie ont été prolongés, mais seulement ceux qui étaient renouvelables à partir du 15 mars).

Pour les personnes en fin de parcours, cela a également été très difficile, car pour leur donner un titre de séjour -encore provisoire-, la préfecture demande qu’elles aient un CDD ou CDI. La crainte de ne pas obtenir un contrat, le confinement ayant gelé l’activité -alors qu’elles n’ont qu’une APS de 2 fois 3 mois, plus l’angoisse de ne pas trouver de travail avec le confinement, cela a été très dur ».

L’inquiétude perdure à l’approche d’une nouvelle commission d’examen des parcours de sortie, dématérialisée, qui aura lieu le 16 juin. « On ne sait pas comment la préfecture va gérer la situation. Nous espérons qu’elle fera preuve de compréhension », souligne Alexandra.

Gaëlle résume la période écoulée : « Sur le terrain, ça a été la galère, mais il y a eu des solutions. Les bénévoles ont été très disponibles, dans une posture non pas de sauveur, mais d’inventivité, avec de l’énergie positive et utilisée à bon escient.

Et surtout, conclut-elle, on a pu voir une nouvelle fois que la demande première des personnes, c’est de pouvoir parler, sans être jugée. Pour ne pas péter les plombs. Rompre l’isolement est fondamental ».