Le Pascha, « plus grand bordel d’Europe », dépose le bilan

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On peut dire que la pandémie aura été accompagnée d’inattendus « dommages collatéraux ». Le gigantesque Pascha de Cologne met ainsi la clé sous la porte. Apparemment exsangue après des mois de fermeture, la si renommée usine à sexe allemande fière de se présenter comme le plus grand bordel d’Europe, a déposé le bilan le 1er septembre 2020.

Le directeur général de l’établissement (dénomination libérale désignant un proxénète à échelle industrielle), Armin Lobscheid, pleure abondamment dans la presse sur l’abandon dont il se dit victime de la part des autorités. La région de Rhénanie du Nord-Westphalie, où se trouve Cologne, a en effet interdit la prostitution il y a cinq mois en raison de l’épidémie de covid 19. L’établissement de dix étages et soixante employés (sécurité, cuisine, coiffure, entretien, etc), où les « clients » pouvaient disposer sexuellement de 120 femmes chaque jour, vient donc de se déclarer insolvable.

Selon le magazine allemand Express, le choc est grand dans le « Rotlicht-Milieu », milieu des quartiers rouges, mais aussi à la municipalité qui, nous dit-on, entretenait les meilleures relations avec le bordel (quoi de surprenant quand on sait quelles sommes fabuleuses ces établissements rapportent aux finances des villes). M. Lobscheid déplore que les banques ne l’aient pas soutenu et que la réouverture ait été éternellement repoussée. L’article, qui s’étend sur le patron, sur l’immeuble lui-même et son avenir (il s’est toujours agi d’un bordel), ne consacre pas une ligne au devenir des femmes que le « directeur général » y exploitait à longueur d’années. Deux d’entre elles, semble-t-il, sont pour le moment restées dans les murs, preuve qu’elles n’ont nulle part où aller. M. Lobscheid assure en tout cas que le commerce du sexe reste particulièrement florissant. Et qu’il est dommage que ses revenus, dissimulés dans les formes clandestines de prostitution, ne profitent pas aux finances du pays.

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On aura du mal à verser des larmes sur la situation du patron proxénète que ses relations et ses finances occultes mettront certainement à l’abri du besoin. En revanche, on peut s’interroger, une fois de plus, sur le sort des femmes jetées à la rue. Leur avenir ne passe-t-il que par une réouverture, comme le demande Susi, porte-parole du « syndicat allemand des travailleuses du sexe BesD » pour qui le « travail du sexe doit être assimilé à d’autres services liés au corps » ? Pour les abolitionnistes, de plus en plus nombreuses en Allemagne, la réponse est non. Elles entendent plutôt faire de la fermeture des bordels l’occasion d’un changement de braquet et d’une nouvelle politique à même d’en finir avec l’exploitation sexuelle banalisée des femmes.

 

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Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.