Paris : de plus en plus de jeunes sollicitent la permanence

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Dans les délégations d’Ile-de-France, ce reconfinement aura été marqué par la gestion des urgences. Et la nécessité de contrer l’isolement que renforcent ces périodes de limitation des déplacements pour les personnes accompagnées. Et par les conséquences à long terme de la crise sanitaire.

Katerina, salariée à l’accompagnement social, explique que pour les personnes accompagnées « le confinement, c’est d’abord difficile pour le moral, on se sent isolées ». Tout ce qui est fait avec la délégation pour contrer cet isolement -qui est connu pour être une des violences de l’enfermement prostitutionnel, est désormais plus compliqué.

« Il y a de nombreuses structures qui sont fermées, qui d’habitude permettent de trouver des biens de première nécessité, ou de prendre une douche, par exemple », dit Katerina. Les personnes que nous accompagnons, poursuit-elle, vivent le plus souvent dans une urgence. C’est une temporalité qui entre en conflit avec celle du confinement, où tout se passe au ralenti ».

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L’équipe fait des tournées pour voir les personnes seules à domicile, fait la liste des personnes les plus fragiles. La salariée continue à recevoir les personnes accompagnées pour les urgences (une cinquantaine de personnes suivies de façon très régulière, sur une file active d’une centaine de personnes rien que pour la délégation de Paris). Cela passe aussi par le soutien téléphonique. « pour moi, une urgence, ce n’est pas seulement une mise à l’abri, ça peut aussi être, simplement, discuter avec une femme qui ne se sent pas bien, n’a pas le moral ».

Une présence qui peut éviter le pire. « Il y a des tentatives de suicide liées à l’isolement. Une personne que j’ai vue hier m’a dit qu’elle avait failli mettre fin à ses jours, se sentant trop seule ».

Un arrêt moins net de la prostitution

Pendant quelques semaines, en mars-avril, la prostitution de rue avait connu un net coup d’arrêt. Rapidement, des personnes ont continué à recevoir des « clients » en intérieur.
« Il y a des personnes qui sont toujours contraintes d’être prostituées. C’est leur dernier recours. Certaines, qui faisaient des petits boulots pour ne pas être contraintes à la prostitution, comme du travail au noir de coiffure à Marcadet, ne peuvent plus le faire, les commerces étant fermés », explique Katerina.

Un autre motif d’inquiétude vient de l’arrêt ou du ralentissement de leur parcours d’insertion. « Je ne trouverai jamais de boulot, ça va être compliqué », m’a dit l’une d’entre elles, explique Katerina.

Il est aussi plus difficile de proposer en ce moment des parcours de sortie de la prostitution prévus par la loi du 13 avril 2016, en raison de la difficulté de trouver du travail. La travailleuse sociale ne voudrait pas que cela ralentisse les bénéfices du parcours. La plupart des personnes qui suivaient des cours de français ont du arrêter. En revanche, le suivi psychologique, très important pour les personnes ayant connu la prostitution, se poursuit grâce à la permanence du centre de victimologie de Paris.

La situation des étudiant·es inquiète

Pour Benoît, le coordinateur des délégations d’Ile-de-France, la crise sanitaire aura en partie transformé l’accueil et surtout les sollicitations du Mouvement du Nid. « nous avons beaucoup plus de personnes qui appellent d’elles-mêmes notre permanence. Beaucoup de jeunes majeurs, qui ne vont pas vers les associations de type restos du cœur. Mais qui, maintenant, et c’est sûrement un effet de la loi d’avril 2016, nous sont orientées par des institutionnels, des travailleurs sociaux. Les professionnel·les nous sollicitent beaucoup plus pour les 18-25 ans. C’est aussi vrai de l’ASE (Aide sociale à l’enfance), qui nous demande de l’aide pour la compréhension du phénomène de la prostitution des mineur·es.

Pour les étudiant·es, certain·es étaient déjà dans l’urgence, alors pour elles ou eux, aujourd’hui, même l’accès à la nourriture est plus compliqué.

Pour les jeunes de 18 à 25 ans, l’urgence c’  est aussi l’hébergement. Avec le risque de devoir soit accepter de la prostitution pour payer son loyer, voire pour pouvoir faire renouveler son droit au séjour en France. Benoît souligne : « c’est particulièrement difficile pour certain·es étudiant·es étrangèr·es qui ont du mal à faire renouveler leur visa étudiant en ce moment ». D’autres se retrouvent contraintes de devoir accepter un acte sexuel pour pouvoir dormir quelque part.

Les mineur·es en prostitution

Le Mouvement du Nid ne peut accompagner les mineur·es, qui relèvent de l’ASE. Mais l’équipe intervient souvent pour soutenir les professionnel·les. Katerina explique « je me déplace, je vois quels sont leurs difficultés et je les conseille, avec leur accord, je peux rencontrer la jeune mineure. L’objectif, c’est de leur donner un autre regard , éclairé, sur la situation ».

Globalement, la situation sanitaire aura entraîné une dégradation de la situation humanitaire de toutes les personnes fragiles, donc des personnes en situation de prostitution. La présence des équipes bénévoles et salariées est fondamentale, pour faire face à la situation.

Mais c’est, encore et toujours, de l’aide d’urgence, qui ne pourra suffire, sans un investissement prioritaire et global des pouvoirs publics, en accord avec la loi du 13 avril 2016.