Guerre en Ukraine : la prostitution, une menace pour les réfugiées ?

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Depuis l’attaque russe contre l’Ukraine en février, d’importants déplacements de population font craindre une augmentation de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants par les trafiquants d’êtres humains.

Quelques jours après l’attaque russe le 24 février, les premiers messages apparaissent : des proxénètes de bordels allemands seraient postés à la frontière, prêts à « recruter » des Ukrainiennes, alerte Inna Sevchenko, fondatrice des FEMEN.

Selon Le Monde fin avril, on a relevé dès les premiers jours – les plus désorganisés –, des propositions « d’hébergements contre actes sexuels », et autres pièges pour personnes vulnérables : « Aux premiers jours de la guerre en Ukraine, profitant du chaos régnant au poste-frontière de Sighetu Marmatiei (nord-ouest de la Roumanie), un conducteur, déjà condamné par le passé pour trafic d’êtres humains, fut arrêté par la police roumaine alors qu’il tentait d’embarquer avec lui deux jeunes femmes déboussolées. Plus récemment, dans un foyer d’accueil du nord de la Roumanie, un autre homme promettait à trois jeunes filles de les amener vers l’Italie et un avenir meilleur, avant que ses intentions criminelles soient démasquées par le personnel sur place… »

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Ukraine
© photo Pauline Makoveitchoux

Cynisme des proxénètes et pro-travail du sexe face à la situation en Ukraine

Le cynisme des proxénètes qui profitent de chaque crise pour s’enrichir en exploitant la détresse en premier lieu des femmes et des enfants n’est malheureusement pas une surprise. L’Ukraine est depuis 20 ans une plateforme de la traite d’êtres humains, prospérant sur les crises répétées (cela dit, le conflit, note Le Monde, a aussi pour conséquence de les désorganiser).

L’attitude des associations de la Fédération européenne du Parapluie rouge a, par ailleurs, beaucoup choqué, appelant les « travailleuses du sexe » à les contacter pour obtenir de l’aide si elles souhaitaient « commencer le travail du sexe en arrivant dans un pays ». Même en France, le STRASS a publié un message allant dans ce sens, alors que toute aide à « l’exercice de la prostitution » relève du proxénétisme (alors évidemment que l’aide aux personnes en situation de prostitution est bienvenue).

À l’opposé, la réaction forte d’associations abolitionnistes, notamment en Allemagne, est à noter. Le nouveau groupe de survivantes Ge.stac  a conçu et distribué un tract d’alerte. En France, Femen et l’Amazone ont multiplié des collages et happenings pour alerter sur la situation des femmes ukrainiennes (voir photo).

Réaction institutionnelle inédite

La réaction réelle des institutions européennes et nationales, plus rare et surprenante, est également bienvenue.

Le 12 avril, le Haut Commissariat aux réfugié·es (HCR) a lancé un message d’alerte sur la nécessité de prévenir les réfugiées (à 90% des femmes et enfants) des risques d’exploitation, d’être vigilant·es sur les «hôtes» qui reçoivent chez eux des Ukrainiennes, et contre «les risques que représentent les prédateurs et les réseaux criminels qui peuvent tenter d’exploiter leur vulnérabilité ou les attirer avec des promesses de transport gratuit, de logement, d’emploi ou d’autres formes d’assistance ».

Les associations du Collectif contre la traite (dont fait partie le Mouvement du Nid) se sont réunies pour prévenir les situations d’exploitation et alerter sur les risques. Un tract a été conçu pour alerter, et une stratégie de vigilance mise en place.

Les associations de terrain n’ont, en revanche, pour l’instant, eu aucune «remontée» de situations de prostitution touchant des réfugiées ukrainiennes.

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