Sodoma : enquête au coeur du Vatican

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Dans cet ouvrage retentissant (dont il a été largement question dans les médias), Frédéric Martel, journaliste et sociologue, lève le voile sur l’homosexualité de nombreux ecclésiastiques au Vatican et au-delà , dénonce l’hypocrisie de l’Église – homophobe – et le recours par certains d’entre eux à  des hommes prostitués. En tant qu’association de lutte contre la prostitution fondée par des militant·es ancrés dans le christianisme social, le Mouvement du Nid ne pouvait pas ne pas relever ces faits

Pourquoi la hiérarchie catholique protège-t-elle autant les prêtres pédocriminels ? Quelle est la raison de cette omerta généralisée ? Parce que certains des membres du Clergé craignent qu’un scandale ou qu’un procès pour agressions sexuelles ne puissent aboutir à  des investigations plus poussées qui dévoileraient ce qu’ils tentent de camoufler, à  savoir leur homosexualité.

Après quatre années d’enquêtes au Vatican et dans de nombreux pays, Frédéric Martel, lui-même homosexuel, ouvre la boîte de Pandore dans cet ouvrage publié simultanément dans une vingtaine de pays et traduit en huit langues.

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Le lecteur découvre ainsi qu’une majorité d’ecclésiastiques sont homo- sexuels au sein de l’Église et du Vatican. « Homophiles « contrariés », ils ont choisi la religion pour ne pas céder à  la chair ; et la soutane pour échapper à  leurs inclinations», soutient l’auteur. L’Église qui est une structure stable, sécurisante, permet ainsi à  ses membres de se cacher, voire d’y mener une double vie. « La tolérance est grande à  l’intérieur de l’église, tant qu’on ne s’exprime pas au dehors », ajoute le grand reporter.

Recours à  la prostitution

Si nous avons fait le choix de citer dans nos colonnes cet imposant ouvrage de 630 pages (paru en février 2019), c’est parce que Frédéric Martel dévoile les liens étroits entre des membres du clergé et des hommes prostitués. On y apprend ainsi que des prêtres des églises de Rome et des prélats du Vatican arpentent régulièrement en civil les abords de la gare Roma Termini où la prostitution a pignon sur rue. D’autres surfent sur des sites spécialisés.
Ne pouvant pas fréquenter les bars, les saunas et autres lieux gays incompatibles avec leur sacerdoce, les hommes d’Église optent pour la prostitution parce qu’elle « est rapide, anonyme, et ne vous expose pas » ; leur choix se porte de préférence sur les migrants prostitués parce que « c’est plus facile, plus discret ».

Après avoir interviewé une soixantaine « d’escorts », Frédéric Martel tire ses conclusions sur les bénéfices qu’ils tirent de cette clientèle de religieux : « la délité, la récurrence et la sécurité. » Les prêtres et prélats sont des clients réguliers qui paient bien. Certains d’entre eux « nous louent régulièrement, chaque semaine par exemple. Ils paient une sorte d’abonnement. Et on leur fait un discount », raconte l’un des « escorts ».

Beaucoup de ces hommes d’Église, sùrement tenaillés par la culpabilité, tentent d’aider leur «micheton» à  « sortir de la rue ». Si beaucoup d’entre eux sont mal dans la peau et en attente d’affection, d’autres comme les prélats du Vatican (évêques, cardinaux) peuvent être arrogants et sùrs de leur pouvoir.

Pour s’offrir les actes sexuels, il faut de l’argent. Or, le salaire d’un prêtre tourne généralement autour de 1 000 à  1 500 euros par mois, ce qui est le plus souvent insuffisant pour le recours à  la prostitution d’autrui. Alors, comment font-ils ?

L’auteur dénonce les liaisons dangereuses entre sexe et argent, divulguant ainsi le scandale qui a entaché le Vatican. En effet, des cardinaux ont puisé dans les caisses de cet État pour alimenter un réseau «d’escorts» de luxe et payer les intermédiaires qui les fournissaient en « gigolos ». Si la police est parvenue à  démanteler ce réseau, elle n’est pas parvenue à  inculper ses commanditaires qui bénéficiaient de l’immunité diplomatique.