A Mulhouse, un colloque déterminant pour l’avenir

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A Mulhouse, la délégation du Haut-Rhin compte une dizaine de bénévoles et une salariée, qui coordonne toute l’action de la délégation. Reconnue dans le département, l’équipe voit affluer des demandes de formation notamment, depuis le colloque qui a réuni 300 personnes en octobre dernier.

« On a beaucoup de demandes suite au colloque, surtout concernant la prostitution des mineures. On va former les infirmières, les assistantes sociales de l’Education nationale. La CAF se mobilise, on va engager des actions en faveur de la parentalité, avec un groupe de travail spécifique et ce, sur 7 territoires du département définis suite aux constats des différents partenaires », explique Karine.

Cela a donc été un moment déterminant à Mulhouse, à la fois auprès des partenaires déjà connus, mais aussi pour être connus de nouvelles institutions et associations. « On fera une suite, sous la forme de journées d’études sur le département (Mulhouse, Colmar et vers St Louis). L’objectif sera double : approfondir les éléments qui n’ont pas été abordés lors du colloque et partager l’analyse de situation concrète (après avoir fait une approche généraliste lors du colloque)»annonce la salariée.

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Une action en réseau qui vient s’ajouter à l’existant, notamment l’accompagnement et la rencontre. A Mulhouse, il y a moins de rencontres sur les lieux de prostitution de rue depuis le COVID, aussi parce que la pénalisation des « clients » est appliquée. Dans la ville, les policiers sont en effet très actifs pour décourager le recours à l’achat d’acte sexuel.

Karine constate qu’il n’y a pas eu de grands changements depuis le Covid en ce qui concerne les femmes rencontrées habituellement par la délégation. il y a les Camerounaises et des femmes venues de Roumanie en majorité. La prostitution de Nigérianes et de Bulgares est plutôt du côté de la ville de Colmar, chef-lieu du département, où une autre association intervient.

Un accompagnement actif et multiforme

Concernant l’accompagnement, la délégation basée à Mulhouse est toujours très active. Récemment, il y a eu 19 nouvelles personnes qui sont venues dans les locaux. « Ce ne sont pas tant les personnes du trottoir », explique Karine -elles sont 3 à venir de façon régulière, « mais des femmes orientées par d’autres organisations. »

Il arrive aussi que la délégation suive des femmes prostituées françaises, qui appellent parfois directement la délégation au téléphone.

Côté PSP, une nouvelle femme est entrée en parcours de sortie en décembre. Il reste difficile d’obtenir l’accord pour qu’elles aient un titre de séjour à l’issue de leur PSP. Nombreuses sont celles qui sont en chantier d’insertion, pas toujours considéré comme un travail, ce qui se révèle être un frein pour obtenir un titre de séjour. Mais à part cela, les femmes qui empruntent le parcours de sortie sont très déterminées et contentes : « Quasiment toutes vont jusqu’au bout, explique Karine, et à part une qui est en formation, toutes travaillent».

Mulhouse
En 2021, des ateliers de « street art » ont été menés avec les femmes accompagnées qui ont donné lieu en 2022 à deux expositions à Mulhouse

Karine met également en place de nombreuses activités, un peu moins suivies aujourd’hui que la crise sanitaire est terminée. A l’heure actuelle, les femmes peuvent toujours faire de la danse, avoir des séances de psy, d’hypnothérapie, d’art thérapie, de sophrologie ou participer à des ateliers de couture, de jardinage. Un immense travail pour la salariée qui conçoit, organise et cherche les financements pour toutes ces actions.

Prévention et sensibilisation

En outre, la délégation est sollicitée en prévention dans les lycées et les collèges. « On nous demande notamment d’intervenir pour parler de « porno-prostitution », explique Karine, un sujet qui préoccupe les encadrants.

La délégation du Haut-Rhin participe aussi aux stages pour les « clients » qui ont été verbalisés pour sollicitation d’acte sexuel, des stages qu’elle a construits dès l’origine avec un fort partenariat. Il y en a environ un par trimestre, avec à chaque fois 5 à 10 stagiaires.

« Il y a des hommes très différents dans ces stages, de 18 à 63 ans. Tous – à part les plus jeunes, sont en couple. Parmi les jeunes, il y en a qui sont vraiment de la « génération porno. Ils ne démordent pas du fait que d’après eux les femmes choisissent et aiment ça. Et comme on est à la frontière (avec l’Allemagne et la Suisse ou la prostitution est légale, NDLR), ils s’en fichent. Notre objectif, c’est de ne pas laisser ceux-là entraîner le reste du groupe ».

Enfin, la délégation organise régulièrement des cinés-débats, en présence de survivantes. Prochain objectif au premier semestre, faire connaître le documentaire Exit, d’Alison Wilson, qui présente les témoignages de trois femmes victimes de traite et de prostitution en Espagne.

A lire également, un article sur la délégation de Mulhouse dans « L’Alsace » : https://www.lalsace.fr/education/2021/11/26/un-nid-pour-soutenir-les-prostituees