100 parlementaires lancent un appel mondial à l’action pour l’abolition !

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Le 3 décembre à Paris, lors d’un événement organisé par CAP international avec le soutien des gouvernements français et suédois, 100 parlementaires internationaux ont lancé un appel à l’action pour mettre fin à la traite des êtres humains et à l’exploitation sexuelle d’ici 2030

L’explosion de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution des femmes et des enfants n’est pas une fatalité. Engageons-nous concrètement pour y mettre fin d’ici 2030 !

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La communauté internationale célèbre en ce 2 décembre 2019 le 70ème anniversaire de la Convention des Nations Unies du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui (Convention de New York) et le 40ème anniversaire de la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1979 pour l’Elimination de toutes les formes de Discriminations à l’Encontre des Femmes (CEDAW). Nous nous apprêtons aussi à célébrer en 2020 le 25ème anniversaire de la Plateforme d’Action de Pékin qui réunira à Mexico et Paris plusieurs milliers de militant.e.s des droits des femmes.

C’est dans ce double contexte que nous, parlementaires engagé.e.s dans la lutte contre toutes les formes de violences sexuelles et sexistes, lançons aujourd’hui un Appel Mondial à l’Action pour mettre fin à la traite des êtres humains et à l’exploitation de la prostitution des femmes et des enfants.

La situation que nous dénonçons

Chaque année, plus de 25 millions de personnes sont victimes de la traite des êtres humains à travers le monde. 75% d’entre elles sont des femmes et des filles, majoritairement exploitées dans le système prostitutionnel.

Partout dans le monde, l’exploitation sexuelle des femmes touche en premier lieu et disproportionnellement les communautés les plus vulnérables. Les femmes réfugiées, migrantes, déplacées, victimes des conflits armés, des catastrophes naturelles, appartenant aux minorités ethniques et religieuses ou aux plus basses castes, sont les premières victimes de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.

Les femmes autochtones au Canada, les femmes dalits en Inde et au Népal, les réfugiées syriennes au Liban, les femmes déplacées par les conflits armés en Colombie ou en Afrique, les femmes et les filles victimes des groupes terroristes en Irak ou au Nigéria, les femmes et adolescent.e.s afro-américain.e.s aux Etats-Unis, les femmes migrantes en Europe de l’Ouest, les femmes Roms ou de minorité turcophone en Europe centrale et de l’Est sont toutes affectées de façon largement disproportionnée par la traite à des fins d’exploitation sexuelle.

Aujourd’hui plus que jamais, le marché de la prédation sexuelle s’attaque aussi aux enfants. Les adolescent.e.s les plus vulnérables, victimes ou témoins de violences physiques et sexuelles dans l’enfance, mineur.e.s en fugue, réfugié.e.s, ou placé.e.s dans les foyers de protection de l’enfance, sont les premières cibles des nouveaux réseaux de proxénétisme.

L’exploitation économique et sexuelle des femmes et des enfants les plus vulnérables n’est pas seulement une violation grave des droits humains, c’est aussi une des formes les plus lucratives du crime organisé dans le monde. Le marché criminel de la traite des êtres humains génère 150 milliards de dollars chaque année. 66% de ces profits criminels proviennent du marché prostitutionnel.

La traite des êtres humains est un crime motivé par le profit. Les pays, régions, villes et communautés de destination portent donc une responsabilité importante dans l’augmentation de ce phénomène mondialisé. 100% des profits réalisés dans la traite à des fins d’exploitation sexuelle proviennent en effet de la seule demande masculine de sexe tarifé. C’est pour répondre à cette demande que des millions de femmes et de filles sont trafiquées nationalement et internationalement.

Les conséquences de la violence sexuelle et prostitutionnelle sont aujourd’hui parfaitement identifiées et particulièrement graves : stress post-traumatique, dépression, suicides, automutilations, atteintes sévères à la santé sexuelle et reproductive, surconsommation de drogues et médicaments, baisse de l’estime de soi, perte de confiance, angoisses et phobies, etc. Les taux de mortalité, de suicides et d’expositions au viol et autres actes inhumains et dégradants des personnes prostituées sont incomparablement plus élevés que dans la population générale.

La réponse insuffisante à ce jour de la communauté internationale

Malgré la gravité de ce phénomène et l’existence de traités internationaux visant depuis plusieurs décennies à y mettre fin, la communauté internationale a jusqu’à aujourd’hui échoué à enrayer le développement de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et l’exploitation de la prostitution des femmes et des enfants, et à apporter aide et protection à leurs victimes. Comme nous l’indiquions ci-dessus, le marché criminel de l’exploitation sexuelle reste un des plus lucratifs au monde. De plus, le nombre de victimes n’a cessé d’augmenter ces trente dernières années, tandis que le nombre de victimes protégées et d’auteurs condamnés demeure marginal. Moins de 1% des victimes de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelles sont identifiées et protégées, et seules 9000 condamnations sont prononcées chaque année dans le monde à l’encontre des trafiquants.

Le modèle abolitionniste : une voie d’espoir portée par plusieurs pays précurseurs

Pourtant, il nous est permis d’espérer. Un nombre aujourd’hui limité -mais croissant- d’Etats a démontré qu’il était possible de lutter efficacement contre la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui. A condition d’adopter des politiques publiques globales et cohérentes en la matière incluant :

  • L’abrogation de toutes mesures de répression, d’enregistrement ou de contrôles spécifiques à l’encontre des personnes prostituées et des victimes de la traite des êtres humains ;
  • La mise en place de mesures de protection, de soutien holistique et de programmes de soutien à la sortie de prostitution ;
  • La pénalisation effective de la traite des êtres humains et du proxénétisme sous toutes ses formes ;
  • L’interdiction de l’achat d’actes sexuels afin de priver les proxénètes et trafiquants de leurs revenus ;
  • Des politiques de prévention, d’éducation à l’égalité et de formation des professionnels.

Ces Etats ont tous reconnu que l’exploitation de la prostitution d’autrui et la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle faisaient obstacle au droit à vivre en sécurité et dans la dignité et constituaient des obstacles majeurs à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si les trois premiers pays au monde (la Suède, la Norvège et l’Islande) à avoir dépénalisé les personnes prostituées et victimes de la traite des êtres humains pour leur garantir un statut de victimes et un accès à de nouveaux droits, et pénalisé au contraire l’achat d’actes sexuels, sont aussi classés chaque année dans le top 5 en matière d’égalité femmes-hommes établi par le Forum économique mondial.

Par cet appel, nous, Parlementaires mobilisé.e.s dans la lutte contre toutes les violences sexuelles et sexistes :

  • nous engageons à œuvrer à l’adoption et à la mise en œuvre de législations abolitionnistes en matière de prostitution et de traite des êtres humains dans nos pays et partout dans le monde ;
  • appelons nos Gouvernements à promouvoir et mettre en œuvre l’adoption de ces législations et à mettre en place ou renforcer des coopérations internationales à cet effet ;
  • engageons le Secrétaire Général des Nations Unies, la Haut Commissaire aux droits de l’Homme et la directrice d’ONU femmes à veiller à la mise en œuvre effective des obligations prévues par les deux conventions onusiennes dont nous célébrons les anniversaires ;
  • soutenons la mise en place, dans le cadre du 25ème anniversaire de la Plateforme de Pékin et du Forum Génération Egalité, d’une Coalition d’Action multi-acteurs visant à l’élimination de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui d’ici 2030.