CFCV : Le viol, un moteur pour la prostitution

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Le CFCV nous adresse aujourd’hui une prise de position d’une clarté exemplaire, encore renforcée par les résultats de sa récente étude sur les liens entre viols et prostitution.

Delphine Reynaud, coordinatrice :

Depuis le début du numéro Vert Viols-Femmes-Informations (1986), et alors que nous n’interrogeons pas les personnes sur ce point là, plus de 380 ont déclaré spontanément avoir été ou être encore en prostitution ; 100% de ces personnes (88% de femmes) ont subi de graves violences sexuelles dans leur jeunesse, voire dès leur petite enfance; et 100% ont été jetées en prostitution par une personne de leur entourage le plus proche, un de leurs parents ou leur compagnon.

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De là nous apparait clairement le lien entre viols – au pluriel – durant la minorité, violence familiale et mise en prostitution. Ce constat accablant ne se dément pas dans le temps.

Eliette Martinet, chargée de mission écoutante :

(Elle rend compte de l’enquête du CFCV menée à partir de la permanence Viols-Femmes-Informations)

En étudiant plus particulièrement les 187 témoignages recueillis entre 1998 et 2007, le CFCV a constaté certaines particularités dans le parcours de ces personnes disant avoir subi des viols et être ou avoir été prostituées.

Sur ces 187 victimes (…) qui ont spontanément dit être ou avoir été prostituées, 100% ont été agressées sexuellement bien avant d’avoir été exposées à la prostitution.

Leurs récits font apparaître 402 agresseurs dénombrés (pour 187 victimes ) ! (…) Ces personnes qui ont appelé et dit spontanément être ou avoir été prostituées n’ont généralement pas été victimes de réseaux, puisque sur 187 récits de victimes, deux seulement relèvent de la traite. (…)

[Le CFCV a remarqué] un nombre extrêmement élevé d’agressions sexuelles dans l’enfance, dans le cadre familial, et plus inhabituel encore par plusieurs personnes de la famille de la victime ; un nombre impressionnant de viols en réunion, y compris organisés par le mari, le compagnon ou la famille.

Le proxénète d’origine est pour les deux tiers un membre de la famille et, pour un autre tiers, un mari, compagnon, ex-compagnon ou autre proche. Rien à voir avec le cliché du mafioso. C’est ce qui explique que la plupart des victimes ne parviennent pas à les identifier comme « proxénètes ».

Loin des « réseaux » dont parlent les médias, on a affaire à une prostitution camouflée, probablement beaucoup plus importante, organisée par des proches, des parents, des pères, des maris, dans la maison de la victime, et qui n’est ni identifiée ni traitée.

Le CFCV

Viols Femmes Informations : 0.800.05.95.95

Numéro national, anonyme et gratuit – de 10h00 à 19h00 du lundi au vendredi.

Leur site internet : http://www.cfcv.asso.fr

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Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.