Allemagne : la présidente du Bundestag prône l’abolitionnisme

25 ans après la « légalisation » de la prostitution en Allemagne, ce choix, qui s’est avéré faciliter les affaires des proxénètes, fait toujours l’objet de débats virulents. Aujourd’hui, c’est la présidente du Bundestag qui lance l’offensive abolitionniste.

Début novembre 2025, lors de la remise des « Prix des héroïnes » initiés par la Fondation Alice Schwarzer, la présidente du Bundestag, Julia Klöckner (CDU), a mis les pieds dans le plat en appelant à une interdiction générale de l’achat de « services sexuels » sur le modèle suédois et français. Pour elle, dire que la prostitution est un métier comme un autre est une preuve du mépris qui continue de peser sur les femmes.

Nina Warken, la ministre de la santé (CDU), a renchéri dans le Rheinische Post du 7 novembre en appelant le pays à instaurer « une interdiction pénale de l’achat de services sexuels pour les clients ». Elle a insisté sur la nécessité de laisser les personnes prostituées impunies et d’instaurer un système à même de les aider à sortir de la prostitution.

Selon les opposantes à la légalisation qui mettent en cause une Allemagne devenue « le bordel de l’Europe », la loi sur la prostitution de 2002 et la loi sur la protection des prostituées de 2017, constat d’échec de la précédente, sont loin d’avoir renforcé leurs droits. Au contraire, la violence est restée centrale dans les usines à sexe déployées pour satisfaire les pulsions masculines.

De plus, si la loi oblige les personnes prostituées à se déclarer, dans les faits c’est raté puisqu’une toute petite minorité s’y résout. Selon Le Monde qui emprunte ses chiffres à l’Office fédéral de la statistique, seules 32 300 prostituées étaient enregistrées en 2024; les estimations évaluant plutôt leur nombre dans tout le pays à 300 ou 400.000.

Le débat n’est donc pas près de s’éteindre Outre-Rhin. Comme ailleurs, deux camps irréductibles se font face. Et les adversaires du modèle nordique et français usent des mêmes arguments que de ce côté de la frontière en affirmant qu’il accroît les risques pour les personnes prostituées en les poussant à la clandestinité. Un mantra repris partout en choeur par les médias en un temps où l’invisibilité croissante du marché prostitutionnel est surtout due aux facilités des annonces en ligne…

A lire également : L’Allemagne prête à ne plus être le bordel de l’Europe ?