Biden président : quelles conséquences pour les personnes prostituées ?

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Aux Etats-Unis, la gauche dite progressiste est de plus en plus partisane d’une politique de dépénalisation généralisée, notamment du « travail du sexe », sans se rendre compte que cela donnerait un blanc-seing aux proxénètes et trafiquants. Que peut-on attendre du nouveau duo Biden-Harris, centriste, pour les politiques en matière de prostitution ?

« Nous avons un peu d’espoir. Mais la bataille est féroce, surtout depuis l’adoption de la loi SESTA-FOSTA »*, explique Taïna Bien-Aimé, directrice de la CATW (Coalition against Trafficking in Women). Depuis, les adversaires mettent une pression immense, partout, sur les politiques, pour mettre à l’agenda la dépénalisation du « travail sexuel ».

Aux Etats-Unis, la prostitution n’est pas réglementée au niveau fédéral, mais au niveau de chaque Etat. A ce jour, la plupart d’entre eux interdisent la prostitution et pénalise tout le monde, et en premier lieu les personnes prostituées, donc victimes du système, harcelées et souvent mises en prison. Dans un contexte ou « l’abolition de la prison et de la police »  ou encore des drogues prend de l’ampleur, les partisans des « decrim law » lois de dépénalisation, ont réussi à faire oublier qu’ils voulaient aussi que les proxénètes et trafiquants n’aient plus d’entrave à leur commerce…

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Au parti démocrate, tout le courant jugé « jeune » et « progressiste », qui s’inspire d’Angela Davis et représenté médiatiquement par  « AOC », Alexandria Ocasio-Cortez, députée de New York, adopte cette position. Au niveau des Etats et des villes, un mouvement « pro-decrim » s’étend et attaque sur tous les fronts pour tenter de faire adopter (à New York et Washington particulièrement) la dépénalisation totale, en jouant sur la confusion entre exploité·es et exploiteurs.

Pour Taina Bien-Aimé, «Beaucoup ne parviennent pas à comprendre que dépénaliser la prostitution n’est pas identique à la question de la drogue ou de la prison. Oui, il faut qu’on arrête les harcèlements policiers, l’emprisonnement des personnes prostituées. Tout le monde est d’accord là dessus. Mais pas qu’on libéralise le proxénétisme. Ils ne  parviennent pas non plus à comprendre qu’utiliser le terme de travailleurs du sexe, ce n’est pas au bénéfice des personnes concernées mais de la normalisation d’une violence ».

Biden et Harris, un duo modéré

Qu’en est-il de Joe Biden et Kamala Harris ? Les « nouveaux démocrates » n’apprécient guère Kamala Harris. Elle a été procureure générale de la Californie, et est vue comme faisant partie du l’establishment pénal traditionnel. Quant aux pro-prostitution, ils ne lui pardonnent pas d’avoir mis en place la campagne conre « Backpage », site  proxénète que le FBI a fait fermer il y a trois ans.

De fait, Taina Bien-Aimé, voit un peu d’espoir dans la nomination de Harris : « nous pensons qu’elle comprend le système d’exploitation qu’est la prostitution, qu’il fait des victimes -surtout des femmes et des filles noires- que l’exploitation repose sur des abus de vulnérabilité, que ce n’est pas juste une question de consentement entre adultes ou de traite d’être humain ou pas, mais  qu’il y a des acteurs et éléments qui nourrissent ce système multi-milliardaire », explique-t-elle.

« Avec Biden, c’est incertain, continue Taina. Il a dit vouloir s’attaquer aux géants de la tech, soulignant les dangers de les laisser sans contrôle. Nous allons observer avec attention les nominations au sein du département de la justice et du travail (ministères) ».

Au final, ce sont pour l’instant plutôt les partisans de l’industrie du sexe qui s’inquiètent, allant même jusqu’à insinuer que Kamal Harris pourrait être favorable au modèle abolitionniste…pour une fois, on espère qu’ils ont raison !

*loi qui permet de poursuivre les sites facilitant en connaissance de cause, la traite d’êtres humains. Malgré son faible impact, depuis son adoption, le lobby ne cesse d’affirmer qu’il a plongé les personnes prostituées dans la précarité et la vulnérabilité.

Pour en savoir plus : le site de la CATW