Espagne  : une proposition de loi abolitionniste examinée fin 2022  ?

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Alors que des forces d’opposition puissantes tentent d’empêcher la lutte contre le proxénétisme et la traite en Espagne, le PSOE a obtenu l’aval du parlement pour l’examen d’une proposition de loi abolitionniste.

Ça avance  ! En Espagne, malgré des revers, la détermination des militantes de terrain comme du gouvernement et du PSOE, le parti socialiste ouvrier espagnol (coalition au pouvoir) porte ses fruits. En effet, le parlement a voté le 7 juin en faveur de l’inscription d’une proposition de loi abolitionniste à l’examen de l’Assemblée, par 232 voix pour, 38 contre et 69 abstentions.

« Dans une démocratie, les femmes ne se vendent pas et ne s’achètent pas », a  défendu la porte-parole socialiste Adriana Lastra, insistant sur le fait que  « la prostitution est incompatible avec la dignité humaine »  et que  « l’exploitation sexuelle, le commerce avec le corps des femmes, est le dernier résidu de l’esclavage »1)

Au Parlement espagnol, le débat sur l’abolition de la prostitution est ouvert

Le Monde, 17 juin 2022

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C’est une avancée essentielle, d’autant plus satisfaisante que son dépôt faisait suite à un revers subi par les abolitionnistes. Une loi générale sur la lutte contre les violences sexuelles aurait du comporter un amendement permettant de fermer les bordels. Au dernier moment, le PP (Parti de droite, plutôt favorable à l’abolition) avait voté contre, sous la pression de Podemos (gauche, membre de la coalition), qui menaçait de faire capoter l’ensemble du texte. 

Pénaliser les «  clients  », mais quid des victimes  ? 

La proposition de loi prévoit une pénalisation de toutes les formes de proxénétisme qui permettrait d’enfin fermer les « clubs », ces bordels géants où des milliers de femmes, pour la plupart étrangères, sont exploitées et violées en toute impunité. La loi prévoirait également des amendes contre les « clients » prostitueurs, allant jusqu’à des peines de prison si leurs victimes sont mineures. 

En Espagne, le proxénétisme, tout comme les « clients » prostitueurs étaient déjà pénalisés…en théorie. En effet, la pénalisation ne concernait que la prostitution « forcée » et de mineur·es. Ce qui, comme partout, revenait à ne rien faire. Seul le flagrant délit ou le dépôt de plainte permettent la pénalisation…or ni l’un ni l’autre ne sont possibles dans les faits, d’autant plus que les victimes sont à 90% sous l’emprise de leurs réseaux, patrons, etc. Le nombre de femmes prostituées n’est pas connu. Les estimations varient de 100 à 400 000, pour 90% victimes de traite. Le nombre d’hommes prostitueurs est lui estimé entre 30 et 40%.

Un texte incomplet

Toutefois, après avoir applaudi ce premier succès, de nombreuses survivantes et militantes abolitionnistes se sont inquiétées en raison du peu de dispositions concernant l’accompagnement des victimes dans le texte. S’il s’attaque enfin au vrai responsable du système, il ne prévoit pas d’alternatives spécifiques pour les personnes en situation de prostitution. 

Toutefois, il reconnaît clairement que les personnes prostituées ne peuvent subir aucune pénalisation, et qu’elles sont des victimes qui doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits spécifiques d’aide et de soutien que les victimes de violences sexuelles en général, pour lesquelles il existe une loi complète. 

Le mouvement abolitionniste est puissant en Espagne. En mai, une manifestation a réuni plus de 8 000 femmes sur le seul slogan « Abolicion Ya » l’abolition maintenant. On espère donc que le processus va pouvoir se poursuivre, avec le soutien des abolitionnistes du monde entier !

 

Notes

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Au Parlement espagnol, le débat sur l’abolition de la prostitution est ouvert

Le Monde, 17 juin 2022