Proxénètes de tous les pays, plus que jamais unis !

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Le réseau de traite des êtres humains démantelé début mars 2021 est selon les mots de la commissaire Elvire Arrighi, cheffe de l’OCRTEH, « d’une ampleur inédite ».  La police a libéré une trentaine de femmes séquestrées par leurs proxénètes et livrées aux « clients » dans une vingtaine d’appartements répartis sur toute la France.

Bel exemple de coopération judiciaire et policière. A l’issue d’une enquête de plusieurs mois menée notamment depuis l’Hérault, une opération a pu être menée simultanément en France, en Espagne et en Roumanie. 33 victimes, des jeunes femmes colombiennes et roumaines principalement, âgées de 18 à 35 ans, ont pour le moment été identifiées. 33 fois, les proxénètes ont utilisé la tromperie, les violences, les manipulations, les promesses bidon pour les « recruter ». Les passeports confisqués, les séquestrations, les menaces, les caméras de surveillance ont fait le reste.

Les viols à la chaîne de « clients » sûrs de leur bon droit constituaient le quotidien de ces jeunes femmes déracinées, envoyées de ville en ville pour les « déstabiliser », selon les mots du procureur de la République de Montpellier, Fabrice Bélargent, à l’AFP. «Pas d’adresse, pas d’ami.e.s, pas de ressources. Plus de famille. Claquemurées dans des appartements AirB’nB, elles étaient donc « proposées » dans le cadre de « tournées de prostitution », notamment dans le sud de la France, via un call center situé dans la banlieue de Barcelone. Au moins 17 villes seraient concernées dont Niort, Poitiers, Agen, Bordeaux, Toulon, Quimper, Grenoble, entre autres. L’affaire avait débuté à l’été 2020 lorsque deux jeunes Colombiennes s’étaient présentées à la police de Montpellier après avoir pris la fuite d’un logement où elles étaient séquestrées et contraintes à la prostitution depuis plusieurs semaines.

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Les « clients » prostitueurs, ces fantômes qui bénéficient du système

Treize suspects ont été arrêtés, en France, à Perpignan, mais aussi en Espagne, en Italie et en Roumanie. Une information judiciaire est ouverte pour proxénétisme aggravé et traite des êtres humains en bande organisée . Selon l’AFP, en France, deux suspects ont été mis en examen et placés en détention provisoire. Dix autres, arrêtés à l’étranger, attendent un éventuel transfert vers l’Hexagone.

On voit que le business proxénète ne faiblit pas. Des articles en font largement état dans la presse, recensant à juste titre les agissements des malfaiteurs, les violences subies par les femmes qu’ils ont prostituées. Rappelons tout de même que de tels réseaux n’existeraient pas sans les perpétuels fantômes au profit de qui les proxénètes organisent ce viol commercial à échelle internationale : les « clients ». Passibles en France d’amendes et même de peines de prison, ils restent protégés non seulement par leur invisibilité mais aussi par le silence de nombreux médias qui n’ont pas un mot, pas une ligne, pour interroger leurs fameuses « pulsions » ni pour rappeler la loi. Peut-être serait-il temps de rappeler que les proxénètes, clairement désignés par le droit, ne sont pas, ne sont plus, seuls coupables.

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Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.