Anne-Cécile Mailfert : « On manque cruellement d’hébergements spécialisés »

272

Dès le début de la crise sanitaire en France, la Fondation des femmes a lancé un grand programme de solidarité citoyenne pour les femmes victimes de violence, #ToutesSolidaires. Le Mouvement du Nid a été très heureux d’en bénéficier. Anne-Cécile Mailfert raconte la genèse et le déroulement du programme.

Pourquoi et comment avez-vous mis en place le programme #ToutesSolidaires à l’occasion de la crise sanitaire ?

Le programme #ToutesSolidaires est un programme d’urgence, lancé pour répondre à la situation de vulnérabilité des femmes victimes de tout type de violences durant le confinement.

Avec le confinement, des femmes se sont retrouvées enfermées avec leur agresseur, sans possibilité de quitter leur foyer. Les plus précaires, les personnes prostituées, les femmes sans domicile se sont retrouvées dans des situations de vulnérabilité extrême. Moins de ressources, et parallèlement moins de moyens d’être hébergées ou nourries par les associations. les différentes structures et associations œuvrant

Recevez nos derniers articles par e-mail !
Lettres d'information
Recevez nos derniers articles par e-mail !
S'abonner

contre les violences faites aux femmes se sont trouvées désarmées par le confinement, tant en termes de réorganisation face à la crise sanitaire qu’en termes de solutions de secours adaptées.

Tous ces facteurs ont augmenté les risques de violences masculines. Dès la première semaine, le ministère de l’Intérieur a fait état d’une hausse de 36 % des signalements pour violences conjugales. En fin de confinement, la police rapportait un doublement des interventions à domicile pour violences et jusqu’à + 70 % d’augmentation dans certaines zones. Par ailleurs, de nombreuses femmes ont témoigné d’une violence accrue dans les rues désertées.

Il nous a semblé indispensable de mettre en place un dispositif inédit de soutien en urgence aux associations, le dispositif #ToutesSolidaires, a n de ne laisser aucune femme sans solution d’accompagnement malgré le confinement.

Les trois axes de soutien sont l’hébergement d’urgence, l’achat de nourriture et de produits de première nécessité pour les femmes et enfants, et un soutien matériel et financier pour permettre le passage au télétravail des associations et le main- tien des services essentiels à distance.

Comment avez vous fait pour récolter tant d’argent en un temps record ? Qui sont les personnes/entreprises qui ont joué le jeu ?

La campagne #ToutesSolidaires a fait appel à un large public, à la fois de mécènes, d’entreprises et d’individus. Nous avons collecté plus de 2,7 millions d’euros. Cela montre qu’il y a une réelle prise de conscience collective de l’existence des violences faites aux femmes et de l’urgence d’y répondre.
Des partenariats ont été conclus avec des entreprises telles que le groupe Accor pour la réservation de nuitées d’hôtels pour des femmes victimes de violences relogées, le promoteur Gecina pour l’ouverture d’une cité universitaire, Lenovo pour la fourniture des associations en matériel informatique a n qu’elles puissent poursuivre leurs activités en télétravail, Maisons du Monde et CDiscount pour meubler des appartements…

Ces dons sont ensuite redistribués aux associations afin qu’elles puissent organiser leurs activités en télétravail et apporter une aide d’urgence aux femmes victimes de violences.

Combien d’associations ont pu bénéficier du programme et lesquelles ? Pourquoi le Mouvement du Nid ?

Plus de 125 associations ont pu bénéficier du dispositif #ToutesSolidaires et en faire bénéficier les femmes qu’elles accompagnent.

Notre méthode a été simple : nous avons contacté toutes les associations avec lesquelles nous avons l’habitude de travailler – en particulier les réseaux nationaux comme le Mouvement du Nid, la Fédération Nationale Solidarité Femmes ou la Fédération Nationale des CIDFF – pour bien comprendre leurs besoins et ceux des associations de leurs réseaux sur tout le territoire français.

Et ensuite, comme tout le monde pendant la crise, nous avons avancé en marchant ! Plus nos mécènes et donateur·ices se sont montré généreux, plus nous avons été en mesure de prendre en charge les frais des associations. Bien sûr, notre action est très encadrée, notre équipe, très impliquée, assure les conventions de partenariats avec les associations, le suivi comptable et opérationnel de l’opération.

Comme toujours, nous essayons d’agir pour toutes les femmes et particulièrement les plus vulnérables. Beaucoup ont parlé des victimes de violences conjugales, mais les personnes prostituées n’ont pas été épargnées. C’est pourquoi nous avons souhaité inclure le Mouvement du Nid dans le dispositif #ToutesSolidaires, a n que l’association puisse continuer à maintenir son activité d’accompagnement malgré les circonstances.

Quel bilan de l’opération, et quelles suites ?

Les besoins en hébergement n’ont pas diminué, les demandes semblent même augmenter depuis le déconfinement. En effet, à cause du confinement, certaines femmes ne pouvaient pas prendre contact avec des associations et ne le font qu’à présent. Les solutions d’hébergement restent trop peu nombreuses par rapport à la demande de prise en charge.

C’est pourquoi nous avons décidé de maintenir le programme #ToutesSolidaires a n de répondre à ces besoins. Par exemple, le partenariat d’hébergement avec les hôtels de la chaîne Accor, mis en place grâce au programme, est renouvelé jusqu’à fin août.

Quels sont les enseignements de cette crise pour les femmes victimes de violence ?

Cette crise a montré une nouvelle fois que les avancées sur les droits des femmes ne sont jamais acquises et restent continuellement à protéger. Le confinement aura également été l’occasion de comprendre que les victimes de violences conjugales vivent en permanence un confinement de fait, dès lors qu’elles sont soumises au contrôle permanent de leur conjoint et ne sont pas libres de leurs déplacements.

À travers cette crise, on a pu voir que la France manque cruellement d’hébergements spécialisés pour permettre aux femmes de quitter leur domicile pour un lieu sécurisé. À ce sujet, la France ne respecte pas ses obligations internationales au titre de la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

Sur une note plus positive, l’engagement des associations, leur réactivité et le travail colossal qu’elles ont effectué nous a donné beaucoup d’espoir. Je suis toujours admirative des missions indispensables qu’elles accomplissent. Heureusement que vous étiez là !

 UN BEAU PARTENARIAT

« Le bonheur se lisait sur son visage », raconte Bernard, bénévole, à propos d’une des premières femmes à avoir pu bénéficier d’un hébergement en hôtel grâce à ce programme. Elle fait partie des 218 premières femmes, et 126 enfants, qui ont pu bénéficier du programme #ToutesSolidaires, pour lequel le Mouvement du Nid a signé une convention avec la Fondation des Femmes, pour des besoins matériels et de l’hébergement. En plus de l’accès à une moyenne de 25 nuitées d’hôtel d’urgence pour certaines, beaucoup ont pu avoir accès à des produits de première nécessité, pour elles et pour leurs enfants.