A Lyon, les personnes prostituées ne doivent plus être victimes de politiques répressives de la ville

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Pendant quatre jours mi-juin, des affrontements se sont déroulés dans la rue Hermann-Frenkel dans le quartier de Gerland à Lyon, connu pour être un lieu de prostitution. Selon nos informations recueillies sur place, elles ont atteint leur apogée dans la nuit du 10 au 11 juin. L’un des agresseurs aurait même aspergé une camionnette d’essence pour y mettre le feu alors qu’une personne était à l’intérieur. Heureusement la personne a pu s’échapper à temps. D’autres femmes ont vu les vitres de leur camionnette cassées et elles ont été victimes de vols. Ces faits sont inqualifiables !

Une équipe de bénévoles du Mouvement du Nid du Rhône s’est donc rendue sur place où des personnes prostituées qui avaient été prises dans les affrontements ont pu leur relater les faits. Toutes ont eu très peur, confient les bénévoles. Elles ne comprennent pas pourquoi elles sont la cible d’autant de violence et de haine alors qu’elles ne font rien de mal ! Certaines préfèrent ne pas parler de ce qui s’est passé, d’autres racontent avoir fait des cauchemars, selon une bénévole. Dans tous les cas, elles ne souhaitent plus s’approcher de cette rue. Le 14 juin, une quarantaine d’entre elles se sont réunies pour protester contre ces violences, rapportait la presse.

Selon une femme prostituée rencontrée sur place, « depuis la mise en
place des plots de béton dans la contre-allée où elles nous avions l’habitude de garer les camionnettes, nous avons du nous déplacer vers la rue Herman Frenkel. Certaines auraient mis de la musique fort pendant le confinement, la rue étant moins passante que le boulevard habituel. Est-ce que cela justifie les violences ? »

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Selon des observateurs, cette action de la Ville de Lyon dans le cadre de la crise sanitaire aurait provoqué des tensions entre divers groupes de proxénètes et dealers (« guerres de territoire »). Nous ne pouvons que regretter qu’une fois encore, la Ville de Lyon se distingue (et ce, 45 ans après « la Fronde » des « prostituées de Lyon » contre le harcèlement policier) par des actions qui vont à l’encontre de l’intérêt et de la sécurité des personnes en situation de prostitution, sans pour autant s’en prendre à ceux qui les exploitent.

Avec les mises à la fourrière de camionnettes très nombreuses dont elles sont toujours l’objet, c’est une politique contraire à l’esprit de la loi du 13 avril 2016 et  une nouvelle preuve de la mauvaise direction prise par les autorités locales. Au lieu de pénaliser les personnes en situation de prostitution, il faut renforcer sans concession la lutte contre le proxénétisme et appliquer l’interdiction d’achat d’actes sexuels en verbalisant les « clients » prostitueurs, connus pour être très nombreux dans ce quartier et sans qui ces violences n’auraient pas lieu.

 

(Photo à la une extraite de l’exposition « No es un trabajo », par Aouck Everaere pour la délégation de Lyon du Mouvement du Nid)