Madame Claude

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Le nouveau film de Sylvie Verheyde, qui avait déjà réalisé « Sex Doll » avec Hafsia Herzi, à défaut de pouvoir sortir en salles, sort sur la plateforme Netflix. Une vision de la célèbre proxénète qui a exploité 500 femmes dans les années 1960, qui montre la complexité du personnage.

Le film, se veut « un film de ganster » mais avec une femme qui fait figure de bandit, Madame Claude, de son vrai nom Fernande Grudet. Elle n’est donc pas une « femme fatale », mais une patronne de commerce illicite, (même si elle refuse l’appellation de proxénète), froide, dure, qui se préoccupe avant tout du business. Ainsi, lorsque l’une des jeunes femmes qu’elle a recrutées revient d’une villa de luxe où elle a été victimes de « violences » terribles des « clients », elle la console, avant de lui dire de ne pas se lamenter sur son sort…et pourtant, la relation de Madame Claude avec les femmes qu’elle exploite, est aussi montrée comme une « famille » (c’est elle qui l’appelle ainsi), avec des femmes qu’elle laisse quitter la prostitution quand elles le peuvent. Une description qui semble assez conforme à ce qu’on sait de la réalité (mais il faudrait entendre sur le sujet les femmes qui ont été exploitées dans le réseau. A la fois dure, demandant aux femmes de rembourser tout ce qu’elle leur payait à l’avance, elle les aurait laissées libre de quitter la prostitution.

Le personnage de la proxénète est donc complexe, et c’est ce qui fait l’intérêt du film – qui on le rappelle, est avant tout une fiction. La narration est surtout centrée autour de la relation entre « Madame Claude », et une des femmes parmi les 500 ans qu’elle a prostituées, Sidonie, qui devient en quelque sorte son « bras droit ».

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Celle-ci, est la fille d’un homme haut placé au Quai d’Orsay, et qui précipitera la chute de la plus célèbre mère maquerelle de l’histoire. Centrale, la relation entre les deux femmes permet d’entrevoir les failles qui se cachent derrière leur apparente réussite.

Madame Claude, un modèle de réussite ? 

L’une, la proxénète, a pu être vue comme un modèle par des femmes à l’époque (y compris la mère de la réalisatrice), parce qu’elle parvenait à gagner beaucoup d’argent et évoluait dans les plus hautes sphères (John F. Kennedy, est le plus célèbre de ses « clients » prostitueurs). Cela, dans un monde qui ne laissait pas de place de pouvoir aux femmes.  L’autre, Sidonie, semble « choisir » cette activité parce qu’elle a envie de réussir, devient la seule femme qui aie accès à la vraie « Madame Claude », derrière le masque de la dureté (de la dissociation ?). Derrière la réussite apparente, les deux femmes ne montrent en effet à personne leurs failles, sauf l’une à l’autre

Alors même que, sa froideur, sa violence, ne peuvent rendre le ou la spectatrice complaisante avec la proxénète, peu à peu, on comprend qu’elle aussi n’est finalement qu’un maillon d’un système qui la dépasse…et la fera chuter. Elle a été elle-même maltraitée enfant, puis prostituée et tente de s’en sortir en occupant la seule place de pouvoir qui s’offre à elle : celle de la proxénète, qui à son tour exploite d’autres femmes.

A ce titre, elle sera condamnée deux fois, et finira sa vie seule et loin d’être riche.Quant à ceux qui ont profité de ses services, ils restent comme toujours impunis. Les vrais exploiteurs, qui se cachent derrière elle : tous ces hommes puissants et riches, s’en tirent toujours à bon compte, et n’hésitent pas une seconde à la lâcher au moment où cela les arrange.

Seule Sidonie, agente involontaire de la chute de la femme qu’elle admire, qu’elle aime même, pourrait éventuellement s’en sortir. Victime de viol par inceste par son père, elle trouve -grâce à Madame Claude dit-elle, la force de le dénoncer. Et si la condamnation de celui-ci n’est certes pas à la hauteur de la gravité des faits, c’est un début d’espoir. Annonçant peut-être une autre époque, qui commence tout juste à advenir dans les années 2020 : celle où les prostitueurs et les violeurs d’enfants ne seront plus impunis. C’est ce que l’on espère.