Maintenant, on se lève et on les écoute

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Maintenant, on se lève et on les écoute. Le dossier de notre revue est consacré ce trimestre à la parole des personnes en situation de prostitution et survivantes qui doit, elle aussi être enfin écoutée !

Un chemin considérable a été parcouru depuis les années 1970 : dévoilement
de l’étendue des violences sexuelles reconnues comme atteinte fondamentale aux droits humains, connaissance des mécanismes, évolution des législations…
Un combat patient mené par les femmes elles-mêmes et appuyé sur leur parole.
On se lève et on les écoute

Un des faits majeurs des années 2010 a été le mouvement #metoo, exceptionnelle libération de la parole des femmes dénonçant leurs harceleurs, agresseurs et violeurs, et appelant à la fin de l’impunité. Leurs témoignages ont été fondamentaux pour faire basculer les représentations, notamment sur la notion de consentement et la mise au jour de l’inceste.

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Alors, pourquoi n’en est-il pas de même pour la prostitution, dénoncée depuis des décennies dans de multiples livres, films ou témoignages produits par les intéressées ? Pourquoi la société leur oppose-t-elle une surdité persistante ? Avec ce dossier, nous montrons combien la parole de ces femmes parmi les plus opprimées est puissante et porteuse d’émancipation pour notre société toute entière. Alors, écoutons-les !

Télécharger le dossier complet ici -> PS217-Dossier

Sommaire du dossier : maintenant, on se lève et on les écoute

1- LA PAROLE EMPÊCHÉE

Le système prostitutionnel organise le silence. C’est le silence qu’impose le proxénète, par la force ou la manipulation. C’est le silence que vient acheter le prostitueur : un billet est l’assurance que la victime se taira. Un système verrouillé.

  • Un besoin vital de parole
  • #metoo, le chaînon manquant

2- LES CONDITIONS DE LA PAROLE

La parole mûrit. Et pour mûrir, elle a besoin de celle des autres, d’une pensée qui est une révélation : « je ne suis peut-être pas seule ». Face aux freins (voir page suivante), voici les circonstances propices à la prise de parole.

  • Le féminisme, un catalyseur
  • Partager son expérience
  • Des pistes thérapeutiques
  • L’irremplaçable soutien associatif
  • Le cadre légal

ENCADRÉ : ROSEN, UNE PASSEUSE

« Pour moi, le point de départ vers une nouvelle vie a été la parole entre survivantes. » C’est en entendant Rosen en 2013, où elle intervenait publiquement aux côtés de Laurence et Nathalie à la Machine du Moulin Rouge, que Daria dit avoir eu « un électrochoc » : « À chaque mot qu’elle prononçait, je pouvais dire “moi aussi”. Jusque là, j’étais dans un déni si fort que j’avais réussi à me cacher la réalité.

Il fallait qu’une autre ait les mots. » Même révélation pour Alexine : « J’ai contacté Rosen qui m’a fait connaître le monde associatif. Je me suis retrouvée avec elle à Mayence, au congrès de CAP international, dans une salle où il n’y avait que des survivantes ! Chaque prise de parole était géniale. Je me suis dit : je ne suis pas folle, je ne suis pas seule. C’était ma vie à travers leurs yeux. Nous nous sommes prises dans les bras. Cette solidarité a été thérapeutique. »

3- DES FREINS INNOMBRABLES

  • Le regard des autres
  • La honte
  • Le déni
  • Le risque de représailles
  • La stratégie de l’agresseur
  • La réactivation du traumatisme

ENCADRÉ : SUREXPOSÉES, MAIS MUETTES

Le silence des femmes qu’on prostitue a traversé l’histoire. Il a fallu 50 ans aux « femmes de réconfort » soumises à l’abattage sexuel par l’armée japonaise, pour que la parole sorte. En 2013, Laure Adler, autrice d’une Vie quotidienne dans les maisons closes, constatait que les prostituées, « restées sans voix », avaient toujours été racontées par les hommes. Elle osait écrire : « C’est donc à partir du vacarme et de la rumeur de la littérature prostitutionnelle masculine que je vais tenter de restituer partiellement des fragments de leur histoire. » L’équivalent d’une histoire des gazelles racontée par les lions…

4- EN FINIR AVEC LA « CONSPIRATION DES OREILLES BOUCHÉES »

Les personnes prostituées témoignent, dépensant une énergie incommensurable. Elles prennent des risques pour faire entendre la réalité du système prostitutionnel. C’est à nous d’écouter et d’agir en connaissance de cause. Petit tour d’horizon des bonnes pratiques.

  • Un déluge de publications
  • L’idéologie du « travail du sexe »
  • Médias, la parole tronquée
  • Accueillir la parole
  • Une parole traumatique

BON À SAVOIR

Les numéros à connaître

Le CFCV dispose de deux permanences téléphoniques :
– Viols Femmes Informations (ligne historique) : 0 800 05 95 95 – Violences sexuelles dans l’enfance (depuis 2021) :
0 805 802 804
Fédération Nationale Solidarité Femmes : 3919

À lire également, notre actualité rencontre avec Florie Fonterme : « l’écriture autobiographique est un facteur puissant de changement ».

Quelques livres écrits par des survivantes :

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Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.