Prostitution : une affaire de familles ?

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prostitution famillesUne affaire de familles ? Le dossier du numéro 215 de notre revue trimestrielle est consacré aux causes et conséquences de la prostitution vues à travers le prisme des familles. 

« Considérant que la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine et mettent en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté » [1]

Entachée de honte, la prostitution est généralement tue, voire déniée dans les familles.
Ainsi, des parents peuvent découvrir 
par hasard que leur fils ou leur fille est 
«escort·e », des enfants apprendre que leur mère est dans la prostitution ou
l’a subie, la fratrie être profondément déstabilisée par la situation d’une sœur ou d’un frère, victime d’un proxénète.
Quels que soient les scénarios, la découverte de la prostitution dans une famille provoque un cataclysme qu’il faut gérer pour aider la personne en situation de prostitution. Il est essentiel de soutenir également ses proches et, en particulier, les mères sur qui reposent encore essentiellement la charge mentale de la famille, cautionnée par la société.

Notre revue analyse habituellement les causes de la prostitution dans une société patriarcale où la famille, via le pouvoir du père, est centrale. Dans ce dossier, nous mettons davantage en lumière les conséquences psychologiques de la prostitution dans les familles, à partir de témoignages de survivantes et d’exemples concrets issus du travail de terrain au Mouvement du Nid ; pour mieux envisager les issues possibles dans l’accompagnement et briser ainsi la spirale de la violence prostitutionnelle.

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Vous pouvez télécharger l’intégralité du dossier ici ->PS215-Dossier

familles1- Familles : Une répétition dévastatrice

La prostitution s’invite souvent dans la chaîne familiale, de mère en fille, et sur plusieurs générations. À sa source, le besoin de nourrir ses enfants, et le non-dit.

2- Le poids de la culpabilité

L’agresseur retourne souvent la culpabilité sur la victime pour assurer sa propre impunité. Par ricochet, l’enfant peut à son tour porter le poids de la culpabilité.

3- De la famille désemparée à la famille coupable

Il y a des parents qui sont simplement désemparés ou désespérés en apprenant la nouvelle que leur enfant, leur fille est prise dans le système prostitutionnel. Mais dans certains cas, c’est la famille elle-même qui joue, parfois inconsciemment, les proxénètes.

4- Briser la répétition de la violence prostitutionnelle

 Pour stopper la transmission de la violence prostitutionnelle, il faut empêcher le déni en accompagnant les victimes, et souvent leur entourage – notamment les enfants en bas âge. Un accompagnement bienveillant peut tout changer.

A lire également : inceste, prostitution : sortir du déni

Encadré

MÈRE-ENFANT : BRISER LE CYCLE DE LA VIOLENCE
Parvenir à instaurer un lien fort entre une mère et sa fille. Tel a été
le tour de force de la délégation de l’Essonne qui n’a pas ménagé ses efforts et son temps
pour permettre à cette mère congolaise de vivre avec sa fille une existence épanouie, hors de la prostitution.

La jeune femme était mineure lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte. Elle fut hébergée, pendant un an, dans un appartement de la délégation. L’équipe a constaté des faits qui pourraient s’apparenter à de la maltraitance sur la petite fille, K. La mère n’en n’avait pas conscience.
« Comme elle n’avait jamais connu de tendresse, elle ne pouvait pas donner ce qu’elle n’avait pas reçu », commente Evelyne Bar qui a alors fait une information préoccupante auprès du juge pour enfants, afin que K. puisse bénéficier d’une protection administrative. Le juge a mis en place une aide éducative en milieu ouvert (AEMO). Pendant trois ans, la délégation a collaboré avec l’association qui prenait en charge le suivi de l’AEMO et veillé à ce que la petite fille puisse rester auprès de sa maman.

Un médecin de la PMI, a trouvé en urgence une place en crèche pour la petite fille qui y est restée jusqu’à son entrée en maternelle. Ayant observé K. pendant ses deux ans dans l’école, la directrice a établi un document certifiant que l’enfant était régulièrement suivie. La mesure éducative a pu être levée. Aujourd’hui, K., âgée de huit ans, étudie bien à l’école, tandis que sa mère travaille en CDI. Evelyne se réjouit des bonnes relations entre la mère et la fille : « C’est fusionnel entre les deux ».