Où sont les hommes ?

Où sont les hommes ? Alors que le féminin est systématiquement invisibilisé dans la langue utilisée pour parler de système prostitutionnel, lorsqu’il s’agit de dénoncer des agresseurs, le masculin, « curieusement », ne l’emporte plus… Point sur les i.

Il n’est pas rare de lire dans la presse des articles nous parlant des « prostitués », des « travailleurs du sexe » et de la prostitution des « mineurs ». ILS, ils, ils. Pardon, mais « ELLES » serait plus juste. Plus de 90 % des « prostitués » sont des femmes, est-il vraiment besoin de le rappeler ? Invisibilisées. Bien « ÉES ». Les femmes ont l’habitude.

Curieusement (?), quand cette invisibilisation à double gâchette touche les hommes, c’est dans un sens qui leur est favorable. Agresseurs et prédateurs perdent subitement leur masculin. Au profit du neutre ou du féminin. Dernier exemple en date, l’affaire des détenteurs de poupées pédopornographiques.

On a ainsi appris que « des personnes » avaient été interpellées. Ces personnes, « ces dernières », Ées, s’avéraient, pour qui avait de bons yeux et de la patience, un homme, un individu, un quinquagénaire, etc. UN, un, un… Une évidence d’ailleurs, étant donné le sujet. Ces « personnes » auditionnées, verbalisées à longueur d’années pour des faits de proxénétisme ou d’agressions sexuelles, sont dans l’immense majorité des cas, des hommes.

Il en est de même pour tous ces « jeunes » qui trafiquent, prostituent les copines ou roulent à 180 km/h sur l’autoroute. Jeunes, sans doute. Mais mâles surtout, 99 fois sur 100. Pendant ce temps-là, les filles, sauf exception, sont occupées à prendre soin des petits frères et à passer la serpillière. On caricature ? Pas si sûres.

Nous, les filles/femmes, on se fait toujours avoir. Soit on disparaît derrière un masculin qui l’emporte sur le féminin (un seul homme dans une assemblée de femmes, et c’en est fini de notre visibilité, voir le « syndicat des infirmiers »), soit on est amalgamées, inconsciemment (ou consciemment ?)  aux faits et gestes des agresseurs… au masculin.

A lire également : « clients » de mineures : des agresseurs sans états d’âme

Hommes, « clients », prostitueurs-agresseurs invisibles

En invisibilisant les agents de ces actions tout sauf neutres, comme c’est le cas pour les « clients » des femmes prostituées, perpétuellement absents du cadre de la réflexion, on procède au camouflage sémantique de la violence masculine.

Nous les femmes ne prétendons pas être des anges. Nous demandons seulement un peu de précision. Car le comportement, selon qu’on est homme ou femme, n’est pas exactement le même dans la société (voir les taux d’occupation dans les prisons).

Encore une fois, que les hommes ne viennent pas jouer les malheureuses victimes de notre prétendue vindicte, en réalité une simple demande de justice… Mais que les meilleurs d’entre eux, parmi nos amis, nos compagnons, nos frères, nous appuient dans cette clarification qui permettra de nommer les choses et les actes et donc de faire avancer la société.

A l’ère Metoo, nous comptons sur l’effort des journalistes et sur la lucidité des « personnes » de bonne volonté.

Pour en savoir plus sur « le coût de la virilité », à revoir, notre lundi de Prostitution et Société avec Lucile Peytavin, autrice de l’essai éponyme.

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Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.