Reconfinement : faire face à l’urgence et à la peur

604

Ce second confinement a obligé l’ensemble du Mouvement du Nid à s’adapter à une hausse toujours plus importante de la précarité chez les personnes que nous accompagnons. Chaque jour jusqu’au 8 décembre, nous vous parlons de l’action d’une de nos délégations sur le terrain.

« Tout au début, quand il y a eu l’annonce, nous avons eu tout le trauma à gérer. Le jeudi [le confinement a été annoncé mercredi 27 octobre pour un début le vendredi, NDLR], j’ai rencontré la majorité des femmes dans un café. On avait sans cesse des appels, elles avaient peur. Elles ont très mal vécu l’annonce du reconfinement », explique Noura, salariée de l’Eure-et-Loir. 

La peur est surtout venue de ce qui s’était passé en mars : « On ne va plus rien pouvoir faire, ni renouveler nos parcours ni notre autorisation de séjour, on ne va pas trouver un emploi et on va être isolées », craignaient-elles. Peu à peu, elles ont été au moins partiellement rassurées, et psychologiquement, cela a été mieux.

Recevez nos derniers articles par e-mail !
Lettres d'information
Recevez nos derniers articles par e-mail !
S'abonner

Une prostitution qui continue pour certaines ?

Au printemps certaines femmes ont été arrêtées et verbalisées parce qu’elles étaient dans la rue en situation de prostitution et ne respectaient donc pas le confinement. La délégation leur est venue en aide. Si le gouvernement a rappelé au moment du couvre-feu que les victimes de prostitution qui ne le respectaient pas ne devaient pas être pénalisées mais seulement leurs clients, l’application de la loi n’est pas malheureusement pas toujours au rendez-vous. Or, « pour des personnes prostituées qui peuvent s’être retrouvées du jour au lendemain sans ressources, impossible d’arrêter complètement », déplore Noura.

Aujourd’hui, difficile de faire la part des choses :  « Elles disent qu’elles ont arrêté, parce qu’elles ont peur d’avoir une amende. Mais dans certains hôtels, on entend dire qu’il y a des « clients »-prostitueurs qui sont vus », souligne Noura.

Si toutes les femmes accompagnées par la délégation ont peur d’attraper le COVID-19, elles ne comprennent pas que des « clients », eux, continuent à les solliciter. L’une d’entre elle a dit à Noura : « les « clients s’en fichent ». Ils veulent pas mettre le masque. Pourquoi ils viennent nous voir ? Moi je suis obligée, je dois survivre ; mais je comprends pas pourquoi eux ils font ça »

Aider pour les besoins de première nécessité

Dès le début du reconfinement, il a fallu répondre à des besoins d’urgence, notamment pour les enfants : acheter du lait pour bébé, des couches, comme au premier confinement.

« Nous avons du nous mobiliser pour aider les personnes à accéder aux biens de première nécessité. Certaines n’avaient plus les moyens de payer l’hôtel, se sont retrouvées d’un coup à à la rue. Il n’y avait aucune place d’hébergement d’urgence libre à Chartres et à Dreux. La directrice du 115 local a décidé de s’en occuper elle-même et a fait une réservation d’hôtel pour elles », explique Noura. 

De nouveaux retards dans les parcours de sortie et les formations

La délégation, qui accompagne plusieurs femmes en parcours de sortie, souligne qu’il a fallu à nouveau les aider à prendre patience.

« Des femmes étaient en stage. Quatre d’entre elles faisaient une formation.  Les stages ont été suspendus, il a fallu qu’on voie avec les employeurs, mais aussi avec les femmes qui accompagnées qui avaient de nombreuses questions. Notamment, elles ne comprenaient pas pourquoi certaines personnes, dans les entreprises, pouvaient continuer à travailler et pas elles. Je leur parle au téléphone et je les vois. Certaines étaient vraiment déprimées au départ », raconte Noura. 

Après les premières inquiétudes, ça va mieux. 

En contact avec trois femmes, mères, hébergées par des associations partenaires, Noura a pu constater qu’elles rebondissaient plus vite « L’une d’entre elles, qui a vu sa formation suspendue, avait beaucoup souffert du premier confinement », raconte Noura.  Elle est Nigériane, et en mars, n’avait pas encore eu sont autorisation de séjour. Au déconfinement, beaucoup de choses se sont mises en place. « Elle souffre moins pour ce deuxième confinement, car elle est en situation régulière, et qu’elle peut avoir du temps pour elle, car son fils est  à la crèche. Mais ce qui est dur pour elle c’est de ne pas pouvoir poursuivre sa formation, alors qu’elle progressait très rapidement dans son insertion professionnelle », poursuit la salariée. 

Une solidarité moins évidente

Il y a eu beaucoup de solidarité pendant le premier confinement entre les associations, mais l’élan constaté en mars n’est plus au rendez-vous, constate Noura. Surtout, ajoute-t-elle, « à la fin du confinement, il y a eu une lourdeur administrative, tout n’a pas repris au rythme d’avant. Et là, on va vers encore plus de lenteur ». 

D’autres activités vont reprendre

Si le deuxième confinement a, du fait du travail d’urgence qu’il demande à la salariée et aux bénévoles, ontraint de mettre en pause certaines activités, la délégation se prépare à les reprendre. Notamment le groupe de parole. « Je veux les remettre en place, dit Noura. Mais c’est plus compliqué, car certaines femmes continuent à travailler, d’autres sont à la maison. C’est vraiment une belle expérience pour les femmes entre elles. Cela crée de la solidarité, les sujets sont variés, c’est un bel espace d’expression« .

Bel espace d’expression aussi, le projet artistique qui a vu le jour malgré la crise sanitaire, à travers des ateliers photos et expression qui devaient donner lieu à une exposition le 25 novembre. Impossible en « présentiel », l’expo et le projet vivent néanmoins sur Internet, où depuis ce 25 novembre, elle est relayée sur les réseaux sociaux.

Pour en savoir plus sur ce projet : « C’est une histoire d’humaine, ‘est la mienne ».