Gerland : la quadrature du cercle dans le quartier de Lyon

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A Gerland, les personnes en situation de prostitution se retrouvent menacées d’expulsion. Le Mouvement du Nid réclame qu’elles soient soutenues et une application juste de la loi de 2016

L’affaire qui agite le quartier de Gerland à Lyon est emblématique du manque de volonté des autorités face aux prostitueurs, même si la nouvelle municipalité EELV entend rompre avec la politique répressive de Gérard Colomb vis à vis des personnes prostituées. Quant à l’outil que pourrait être la loi de 2016, il reste quasi lettre morte. L’équipe locale du Mouvement du Nid  souligne l’urgence de faire connaître leurs droits aux femmes concernées.

Agitation, pétition… Depuis novembre 2022, la présence de personnes prostituées en camionnette à côté de la plaine des jeux à Gerland a enflammé les esprits. Après les années Colomb (2001 à 2019) qui ont vu fleurir les arrêtés anti-stationnement, l’actuelle municipalité menée par Grégory Doucet (EELV) prône la concertation et le dialogue.
Mais la volonté de changer de cap politique ne semble déboucher que sur des pseudo- « solutions » telles que l’occultation des scènes problématiques au moyen d’une haie végétale et, au final, les inévitables mêmes arrêtés d’interdiction.

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Selon la délégation lyonnaise du Mouvement du Nid, « les femmes concernées, qui ne peuvent qu’être entre les mains de réseaux de traite des êtres humains, sont entre 40 et 120 selon les moments. Surtout dominicaines et équato-guinéennes, la plupart ont des passeports espagnols et envoient une partie de ce qu’elles gagnent au pays. »

A l’heure où Lyon se prépare à devenir ville hôte de la Coupe du monde de rugby 2023 et prévoit l’accueil de l’équipe néo-zélandaise des All Blacks à Gerland, on imagine que la demande des femmes de rester sur place et même de voir installer douches et toilettes ne risque pas d’aboutir.

Si la délégation du Mouvement du Nid s’est bien sûr prononcée contre de nouveaux arrêtés anti-stationnement demandés par la préfecture (« le but n’est pas de s’en prendre à elles !), elle défend en revanche la politique de pénalisation des « clients » instaurée par la loi de 2016 : « Mais la police nous oppose la difficulté de les prendre en flagrant délit[1]. Et quand il arrive qu’ils soient poursuivis, il suffit qu’ils ne se rendent pas à la convocation pour que les poursuites soient abandonnées. »

L’expérience montre pourtant que ce qui semble ici si difficile est possible ailleurs, où des « clients » ont pu être verbalisés et même soumis à des stages de sensibilisation. Faut-il en conclure une certaine frilosité dans la volonté d’appliquer ce volet de la loi ?

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A Gerland, un « travail » à défendre, ou des parcours de sortie à organiser ?

« Nous empêcher de travailler, c’est nous condamner à la misère », disent celles que certains appellent avec condescendance « les filles de Gerland ». Celles qui accusent la police de les harceler et dénoncent les agressions qu’elles subissent, se disent disposées aux réunions avec la police, avec les parents… : « Nous nous tenons pleinement à disposition pour que notre travail n’affecte pas vos vies quotidiennes. »

Quel choix ont-elles ? Quel autre moyen de survivre ? Or encore une fois, c’est sur elles que le couperet va tomber. « Nous sommes comme vous des femmes, des mères et des filles. »

Précisément. Comme les autres, elles devraient pouvoir prétendre à un emploi décent. Et à des alternatives à leur situation. « J’ai vu récemment une femme nigériane en sous vêtements transparents par – 4 degrés, dans une camionnette délabrée ! Comment n’est-on pas choqués de les voir condamnées à une situation pareille ? » interroge la responsable de notre équipe locale.

Au final, certains se résigneraient-ils à voir rôder éternellement les « clients » et les intermédiaires des réseaux ? Tous personnages qui nourrissent le pire schéma machiste et tombent sous le coup de la loi.

« Ce que nous demandons, Mouvement et Amicale du Nid, c’est l’application de la loi de 2016 : pénaliser les clients prostitueurs, proposer aux femmes des Parcours de Sortie. Mais pour cela, encore faut-il qu’elles soient informées de leurs droits ! Pour nous, il faut d’urgence financer des actions pour permettre leur prise en charge et lancer une campagne à destination des « clients. Avec la Coupe du monde de rugby, c’est plus que jamais une nécessité… »

[1]Ce flagrant délit n’est pourtant pas obligatoire…la sollicitation suffit à caractériser les faits

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