Spécial n°200 : 70 ans de témoignages
Depuis 1951, date de parution de la première revue du Mouvement du Nid, nous donnons une place essentielle à la parole des personnes prostituées : des femmes en majorité, mais aussi des hommes, qui ont en général fait la démarche de nous contacter, poussé.e.s par le désir profond de changer de vie, d'échapper à l'enfermement ; des personnes dont la force, la volonté, la résistance sont souvent étonnantes. Il était donc logique que nous ouvrions le numéro 200 de la revue, consacré entièrement au Mouvement du Nid, par des extraits de leurs témoignages.
Paolo : De l’argent, j’en avais pourtant.
Je ne retournerai dans la prostitution que dans le pire des cas. Le piège quand on bascule là-dedans, c’est de s’y enfermer ; d’être dépendant de l’argent qui tombe tout de suite.
Nadia : « Le X, c’est des viols à répétition, c’est inhumain. »
Orientée sur une délégation du Mouvement du Nid par la police judiciaire dans le cadre d’une affaire de proxénétisme et de traite des êtres...
Appoline : « Pour ne pas avoir vécu «tout ça» pour rien »
Que signifie "témoigner"?
Sonia : Je garde en moi une mutilation cachée.
Trente ans ont passé depuis que Sonia a fait l’expérience de la prostitution. Aujourd’hui, elle tente d’expliciter ce qui lui apparaît comme un marquage, physique et symbolique, une humiliation, un goùt de néant.
Julien : Je voudrais témoigner du fait qu’à cette époque, rien ne nous dissuadait...
Julien, ancien client, est engagé au Mouvement du Nid. Son parcours, peu commun, l’amène aujourd’hui à se prononcer en faveur d’une politique résolue en direction des hommes qui entretiennent le marché prostitutionnel.
Si ses choix n’engagent que lui, ils sont toutefois une excellente occasion d’ouvrir le débat.
Claire : “La prostitution, un mirage.”
(Dans ce bref message, Claire réagit à Pour toi Sandra, une bande dessinée de prévention édité par le Mouvement du Nid, NDLR)
J'ai lu et relu...
Extraits : Elles et ils parlent des « clients »
Elles -- et ils, aussi -- nous parlent des "clients". Le rapport de pouvoir, la jouissance de disposer de l'autre, le mépris qui n'est jamais loin, la violence même... Un envers du décor que la société ne souhaite pas entendre, elle qui préfère voir dans le recours aux personnes prostituées une prétendue soupape de sécurité ou un acte anodin.
Clémence : « J’ai quitté un rôle pour prendre enfin ma place. »
Lorsqu’il m’a enfin avoué qu’il fréquentait une personne prostituée depuis un mois, je suis tombée des nues. Clémence a longtemps souffert d’être l’épouse d’un...
Marion : J’ai le sentiment qu’on me demande d’y retourner.
Marion ne prononce jamais le mot de "prostitution", jamais le nom du lieu où elle a été prostituée, un bois en bord de route. Elle décrit les enfermements successifs : l’isolement, le silence, les violences. L’obligation de se battre, jusqu’à l’épuisement. Pendant, et pire encore, après. Parce que tout - et tous - se liguent pour entraver son espoir d'envisager un projet professionnel et une autre vie.








