Hérault : Aller à la rencontre des personnes prostituées par le biais d’internet

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La délégation de l’Hérault, depuis 2013, adapte son champ d’action au contexte spécifique de la prostitution promue par internet. Neuf bénévoles, une salariée et trois volontaire en service civique y ont travaillé en 2019, prenant contact avec 288 personnes et obtenant 32 réponses. Un petit pourcentage s’est transformé en accompagnement à plus long terme et trois personnes ont bénéficié d’un accompagnement global.

Dans la région, selon l’équipe, 15 sites d’annonces sont actifs, dont 5 alimentés en permanence (nouvelles annonces, commentaires de « clients »). Le nombre d’annonces par site s’échelonne de 15 à 90. La délégation a repéré plusieurs types d’exploitation sexuelle : des sites de « tournées », soit des plate-forme de prise de rendez-vous avec de personnes prostituées dans la ville pour une courte période ; des sites « trans » et/ou prostitution masculine ; des « agences d’escortes », qui demandent aux personnes prostituées une commission fixe ; des sites mettant en avant des personnes présentées comme des « stars porno ».

Par la prise de contact avec les personnes utilisant ces sites, l’équipe espère établir un lien de confiance et une possible ouverture vers un accompagnement, adapté aux besoins et problématiques des personnes. Il s’agit d’être identifié en tant qu’association de soutien aux personnes prostituées. Enfin, la démarche permet de diagnostiquer le phénomène dans la région.

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L’équipe a mis en activité un téléphone portable destiné à l’envoi de SMS ; un texte a été rédigé pour la première prise de contact, amendé au fil des retours ; trois versions différentes ont été élaborées pour s’adapter au profil des personnes contactées. Dans tous les cas, l’équipe a veillé à éviter tout terme pouvant créer un sentiment de stigmatisation.

Lorsqu’un contact est noué, l’équipe de la cellule internet discute en temps réel sur un groupe Whatsapp afin de choisir collectivement la réponse à apporter.

En France, 24 000 personnes prostituées seraient mises à disposition des « clients » par le biais d’un site internet, soit 65 % du total des personnes prostituées dans le pays, environ 37 000. L’usage des télécommunications par les proxénètes est ancien (le Mouvement du Nid était en contact, dès le début des années 80, avec des personnes faisant paraître des annonces par Minitel !) il s’est fortement accru depuis les années 90, Internet présentant de nombreux avantages pour l’organisation et l’exploitation de la prostitution d’autrui.

Aussi présent·es pour les personnes dans la rue

Dans le même ordre d’idée – briser l’isolement des personnes en situation de prostitution – l’équipe a couvert en 2019 tous les secteurs de prostitution de rue sur Montpellier et un secteur proche du Gard. 127 personnes ont été rencontrées au fil de 18 sorties.

Les personnes rencontrées sont diverses : femmes, personnes trans, travesties. Des Françaises (de très jeunes filles se disant « à leur compte »), des Nigérianes, des Bul- gares, des Roumaines, des Espagnoles, des Algériennes…

Des victimes de la traite des êtres humains sont constamment amenées depuis d’autres villes de France et d’Europe. Les réseaux organisent ces déplacements dans le but de répondre aux demandes de la « clientèle » mais aussi pour empêcher tout ancrage des personnes prostituées et renforcer leur isolement et leur vulnérabilité.