Louna, enfant prostituée ? Non, jetée en pâture aux violeurs

Viols et proxénétisme contre Louna, 12 ans. Cinq hommes sont jugés pour proxénétisme aggravé depuis le 26 octobre 2026 par la Cour d’Assises du Rhône. Un soulagement pour qui espère un peu de justice pour Louna, 12 ans, droguée par cinq proxénètes et proposée au viol pour un défilé d’hommes sans conscience, en 2022. Mais un effarement face à l’impunité dont profitent une fois de plus les violeurs.

Louna, 12 ans, « droguée et prostituée » : une vie fracassée à voir ses fugues, la manipulation dont elle a été la proie via les réseaux sociaux. Une enfant ravagée par la cocaïne, présentant des traces de coups qui disent assez ce qu’elle a enduré.

Que ses cinq proxénètes se retrouvent devant un tribunal n’est que justice. Mais où sont ses « clients » comme ose encore écrire la presse ? « Clients » d’une enfant de 12 ans, victime de viols collectifs à 10 puis tombée dans les crocs de proxénètes avant d’en avoir 12… Clients que certains journaux, rois de l’euphémisme, ne citent  qu’en passant, sur les marges, des hommes que Louna aurait « vus » ou « rencontrés »…

Ne serait-il pas plus juste de parler de « ses violeurs » ? Et donc d’écrire « ses violeurs n’ont pas été inquiétés ». Car, sachons le, ces messieurs, dont aucun n’avait bronché (la bonne aubaine), « n’ont pas été inquiétés ». Tellement innocents. Pauvres victimes de leurs pulsions, sans doute. Au final, toujours protégés par une société pressée de fermer les yeux.

Louna, à 12 ans, de quoi parle-t-on ?

Une enfant violée, torturée, se voit accoler le mot de « prostituée ». La violence de ses agresseurs, les viols répétés, tout est subitement édulcoré. Plus de mot pour les désigner; de simples « clients ». Et elle, renvoyée au statut de « prostituée », toujours plus ou moins infâme, malgré l’acharnement mis par un lobby à faire passer la chose pour un boulot comme un autre. Le fameux « travail du sexe ».

Mais de quoi parle-t-on ? D’une enfant détruite. Sauf que les mots magiques, « prostitution », « clients », ont un effet anesthésiant. Est-ce le produit d’un vieil inconscient collectif ? Un mélange de résignation à de prétendus besoins masculins auxquels on ne peut rien ? Ou de soumission à la loi de l’argent roi (après tout ils ont payé…) ?

Quand va-t-on en finir avec l’impunité dont jouissent ces hommes, sans qui ces tortures multiples n’auraient pas eu lieu ? Comme les tribunaux, les médias, dont la plupart ne semblent pas juger utile d’aborder la question des « clients », ont là dessus une responsabilité centrale. Il serait temps pour beaucoup d’entre eux de savoir ce que les mots veulent dire.

A lire également, un exemple, trop rare, d’un procès de prostitueurs de mineures

Article précédentLettre trimestrielle n°3 : loi intégrale, les victimes de prostitution oubliées ?
Claudine Legardinier
Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.