Violences sexistes et sexuelles : Comment oser encore parler de « faits divers » ?
Une loi intégrale est plus que jamais nécessaire. Féminicide ici, prostitution de mineur.e là, Laetitia torturée et prostituée, Lyhanna assassinée; et toutes les Gisèle Pélicot, les victimes d’inceste et de porno, les harcelées de #Metoo; on n’en finirait pas d’établir la liste… Comment ne pas voir que tout tient ensemble ? La récente affaire de pédocriminalité est aussi un féminicide. Lyhanna est morte parce que fille.
Plutôt que relier les fils, la société affiche un air attristé face à une histoire que l’on consigne derrière la paroi étanche du fait accidentel. « On accepte de « briser le silence », écrit Patrizia Romito « à la seule condition que chaque épisode de violence soit présenté comme un cas isolé, et pourvu que les auteurs y apparaissent au coeur d’une situation d’exception (…) » Parlant de son combat contre les violences sexuelles faites aux enfants, Edouard Durand, ancien co-président de la Ciivise, ajoute qu’il faut toujours « tout recommencer à zéro », lutter perpétuellement « contre le déni ».
Il est vrai que regarder les choses en face serait ébranler tout l’édifice social. Les faits sont là : 95 % des agressions et crimes de nature sexuelle sont commis par des hommes, dans 85 % des cas sur des femmes. A cette échelle, on peut parler de système; un système qui porte un nom qui dérange, patriarcat, une domination qui sévit autant dans l’intimité de la famille que dans l’espace public ou les chambres closes de la prostitution.
Justement, nous, abolitionnistes de la prostitution, savons à quel point le déni est tenace. Quand survient un procès, quand surgit un témoignage dénonçant les insultes et les tentatives d’étranglement, les manipulations des proxénètes et les exigences des « clients », la réaction est souvent de tomber des nues. Insoutenable, épouvantable ! Pour mieux oublier dans l’heure qui suit.
Un système de violences sexistes et sexuelles
Pourquoi ne pas relier plutôt ce témoignage à tous ceux qui l’ont précédé ? Chantages, traite, manipulations, agressions, humiliations, meurtres, les témoignages – et les faits – abondent pourtant depuis plus de 50 ans : une litanie ininterrompue, pour qui sait lire, de violences, de viols et d’enfermement. Mais rien qui fasse sens.
Pour comprendre la dimension systémique des violences sexistes et sexuelles, pour en finir avec l’impunité, combien faudra-t-il encore de tragédies ? Quel mur faudra-t-il encore abattre pour que les violences prostitutionnelles y soient enfin intégrées ? Pour qu’il soit clair qu’exercées contre des mineures ou contre des majeures, elles procèdent du même système agresseur.
Face à pareil déni, une proposition de loi intégrale contre toutes les violences faites aux femmes et aux enfants finira-t-elle par voir le jour ? La France troquerait ainsi ses réactions au coup par coup contre un maillage préventif et curatif mobilisant la société tout entière (police, justice, éducation, santé, travail, etc). Le message serait capital, le changement structurel. Des vies entières en seraient changées.
Pour en savoir plus : Chaque lundi, la coalition féministe organise un rassemblement pour demander l’inscription de cette loi au Parlement



