Décriminaliser ? Oui, mais qui ?

Décriminaliser ? Oui, mais qui ? Point sur les i

« Une proposition de loi de la sénatrice écologiste Anne Souyris entend décriminaliser le travail sexuel » lit-on dans la presse le 13 avril 2026, dix ans après le vote de la loi abolitionniste de 2016. Il s’agirait de « garantir des droits et une protection aux travailleuses et travailleurs du sexe ». A longueur d’articles, il n’est question que de l’actuelle « politique répressive ». Pour qui n’y connaît rien (donc la majorité des lectrices et lecteurs), le texte de 2016 apparaît comme un abominable complot contre les personnes prostituées.

Nous nous permettrons donc de rappeler que cette loi si odieuse est précisément celle qui a abrogé les textes qui les criminalisaient depuis toujours; qu’elle a jeté aux oubliettes le délit de racolage; et ce, pour la première fois dans l’histoire[[1]1. Pourquoi alors de telles envolées ? Puisque l’appel à décriminaliser ne peut concerner les personnes prostituées, qui le sont déjà, il reste à comprendre, quand on sait lire, qu’il s’agit de décriminaliser… leurs exploiteurs et agresseurs.

Décriminaliser le proxénétisme

Ce que demandent les défenseurs du fameux « TDS », c’est tout simplement de restaurer le bon vieux droit sexuel masculin; revenir au statu quo d’avant en encourageant les « clients » à imposer leurs exigences sexuelles, y compris les plus dingues, à des femmes souvent migrantes ou en situation de précarité ; et comme ce n’est pas assez, de « reconsidérer le champ d’application du délit de proxénétisme » dans le sens d’un assouplissement qui permettra aux intéressés de monter leur petite entreprise.

Pour emporter l’adhésion, l’essentiel est de mettre en avant le souci de la sécurité des personnes prostituées. Un mantra est bien utile, voulant que l’affreuse loi ait accru les violences qu’elles subissent : discours repris par l’ensemble des médias qui ne se demandent pas comment un texte si peu appliqué a pu engendrer pareille apocalypse. Alors que le Conseil constitutionnel en 2019, puis la CEDH en 2024, ont bien confirmé que les violences n’avaient aucun lien avec la loi qui au contraire créait un cadre protecteur. 

Autre argument, la loi de 2016 aurait été écrite sans les premières concernées : une affirmation insultante pour les « survivantes » qui se sont courageusement engagées et dont la parole de dénonciation a pesé lourd dans l’adoption de la loi. Il est vrai que leurs témoignages crus, entre violences et traumatismes, ne peuvent qu’être disqualifiés par les partisans du si épanouissant « travail du sexe ».

Voilà ce que d’autres concernées en disent : « Abolissons partout, la porno-prostitution »

Sous le lexique des « droits » et de la « liberté », l’entreprise vise au final à réhabiliter un noyau du patriarcat, que la loi de 2016 sur la prostitution, en inversant la charge pénale au détriment des « clients », avait sérieusement ébréché. On saluera au passage, à l’ère #Metoo, le formidable soutien des Ecologistes aux « besoins sexuels irrépressibles » au masculin; avec l’inévitable litanie de violences dont ils ont toujours été inséparables.

La PPL de la sénatrice Anne Souyris a été déposée au Sénat et est disponible ici

[1] Si des arrêtés locaux persistent hélas à les pénaliser, c’est en opposition à la loi…