Abolissons partout la porno-prostitution et redonnons à chaque victime sa flamme d’humanité. Par Ambre, survivante de La Vie en Rouge, artiste et philosophe. Discours prononcé à l’Assemblée nationale le 13 avril lors du colloque organisé par CAP international.
« Je voulais d’abord commencer par dire que la force que j’ai de me tenir devant vous ici aujourd’hui, je la dois à mes amies survivantes, celles que je connais, celle que je ne connais pas. Je leur dis un immense merci parce que c’est grâce à elles que j’arrive aujourd’hui à me tenir devant vous. Merci aux survivantes.
Je vais vous expliquer ce que l’abolitionnisme est pour moi en tant que survivante et militante.
Pour moi l’abolitionnisme, c’est une posture politique mais aussi philosophique qui est exigeante, courageuse et féministe, qui s’élève contre un pessimisme qui rend service aux prostitueurs et s’ancre dans un temps d’une longueur infinie.
On dit que c’est le plus vieux métier du monde et on dit que ça existera toujours.
C’est-à-dire que le passé et le futur sont ligotés, emprisonnés dans le même mythe, ce qui à mon sens est criminel.
La prostitution serait constitutive de l’être humain et de sa manière de fonctionner ?
Au contraire, pour moi, l’abolition façonne, projette et espère autre chose.
Et cette abolition n’a de sens que si l’on pense les deux catégories de personnes, celles qui subissent la prostitution, la porno-prostitution, les victimes, et ceux qui produisent la porno-prostitution, en profitent et ceux qui paient pour violer une femme.
Porno-prostitution, domination et viol
Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit en fait. C’est un acte de domination radicale que de payer pour violer une femme.
Le viol prostitutionnel est un viol qui produit des vies brisées, des corps douloureux, des cerveaux traumatisés, des femmes qui vont mettre des années à se reconstruire si elles survivent.
Le viol prostitutionnel est donc un viol.
La simple amende tient de l’anecdote pour moi.
Soyons donc à la hauteur de l’abolition, soyons cohérents : Un violeur doit être considéré comme tel. Peut-on imaginer une seule seconde une amende ou un stage comme sanction pour les agresseurs de Gisèle Pélicot ?
Pourtant, on est face au même système d’agresseurs.
Ce qui me semble très important aussi, c’est que nous apprenions à rêver et à agir collectivement pour une société sans porno-prostitution, où les hommes seraient dégoûtés par le fait d’être « clients » et dégoûtés par le fait de regarder de la pornographie.
Un monde où être une femme prostituée, ce ne serait pas un stigma, ni une insulte, ni un travail, ni une identité, mais une situation de violence qui nous pousserait à agir pour aider cette femme.
Rêver et agir pour une société sans prostitution, c’est donner aussi la possibilité aux victimes de se voir.
Non, la prostitution n’est pas un calque fatal à poser sur toute une vie.
Non, la prostitution n’est pas un destin qui doit s’abattre sur les femmes vulnérables, migrantes, précaires, en détresse du monde entier.
Il faut que chacune puisse voir ce qu’est la prostitution dans sa propre histoire, une violence extrême et un système bien huilé et considérablement rentable.
Il faut remettre à sa place cette ombre vénéneuse qui nous empoisonne la vie quand on a vécu ça ou quand on le vit encore.
L’humanité doit être intransigeante avec elle-même.
Nous sommes des êtres humains complexes. Et nous avons le droit d’être perçues comme cela et d’être traitées comme. La prostitution abîme considérablement cette possibilité. Et les hommes qui la perpétuent martèlent en chacune de nous que nous ne sommes dignes de rien.
Alors aujourd’hui, je dis en tant que survivante, redonnons à chaque victime de la porno-prostitution sa flamme d’humanité et abolissons partout la porno prostitution ».
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