20 ans de prison pour le féminicide de Mihaela

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Son corps a été retrouvé le 15 décembre 2016 au Frasnois, dans le Jura. Il avait fallu une reconstitution faciale pour identifier Mihaela, tant elle avait été défigurée sous les coups. A l’issue du procès qui s’est tenu du 9 au 11 décembre 2020 à Besançon, Alexandre Verdure, un «  client  » français de 33 ans, a été condamné à vingt ans de réclusion pour ce féminicide prostitutionnel.

Mihaela avait 18 ans. Son corps nu,  au visage brisé et méconnaissable, lardé de 26 coups de couteau, avait été retrouvé par deux bûcherons, caché sous des feuilles, dans une forêt du Jura. Ce n’est qu’au bout de six mois qu’un rapprochement a pu être établi avec la disparition d’une jeune prostituée en Suisse, Mihaela Miloiu. L’histoire de cette vie saccagée est effroyablement simple. Née dans une région pauvre de Roumanie, tombée amoureuse d’un de ces proxénètes que l’époque aime appeler des «  loverboys  », Mihaela s’était retrouvée sur un trottoir en Suisse. Sous la coupe d’un réseau roumain dont on imagine les méthodes raffinées, Mihaela avait pour tout horizon, à l’âge des rêves amoureux et des projets d’avenir, les exigences sexuelles de «  clients  » sûrs de leur bon droit et parfaitement indifférents à son sort.

Alexandre Verdure était l’un d’entre eux. Identifié grâce à son ADN après s’être rendu à l’hôpital de Pontarlier pour une blessure à la main, l’agent de sécurité de 33 ans, travaillant en Suisse mais domicilié dans le Doubs avec femme et enfant, avait reconnu une relation tarifée avec la jeune fille. Mais pour  embrouiller la police, il avait prétendu avoir transporté son corps sous la contrainte de tueurs. Placés sur écoute dans le cadre d’une autre enquête pour proxénétisme, les proxénètes roumains avaient été mis hors de cause pour le meurtre.

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Passée «  de la rencontre d’un  manipulateur à la rencontre d’un psychopathe  », comme il a été dit au tribunal, Mihaela est morte seule. Exilée, abandonnée, exterminée. Réduite au rang de fait divers en tant que «  prostituée roumaine  », elle est pourtant le symbole même de la violence sans nom d’un système qui, pour le profit financier des uns et le profit sexuel des autres, détruit siècle après siècle des générations de femmes. Mihaela n’était pas une «  prostituée  »  ; juste la victime de multiples agresseurs. Victime muette, privée d’existence, jusqu’à la mort…

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Journaliste indépendante, ancienne membre de l’Observatoire de la Parité entre les femmes et les hommes, elle recueille depuis des années des témoignages de personnes prostituées. Elle a publié plusieurs livres, notamment Prostitution, une guerre contre les femmes (Syllepse, 2015) et en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête (Presses de la Renaissance, 2006). Autrice de nombreux articles, elle a collaboré au Dictionnaire Critique du Féminisme et au Livre noir de la condition des femmes.