Accompagnement sur mesure : En 2025, le Mouvement du Nid a accompagné 2 065 personnes dont 200 en parcours de sortie de prostitution. Des équipes salariées et/ou bénévoles instaurent un accompagnement qui vise à l’autonomie. Il s’agit de faire avec la personne accompagnée.
Les personnes que nous accueillons rencontrent des difficultés dans de nombreux domaines. Nos membres bénévoles et salariées font le point avec la personne sur ses principaux besoins et élaborent avec elle un parcours orienté vers la sortie des violences. « Nous construisons nos actions avec les femmes, à partir de leurs désirs et de leurs besoins », explique la délégation de Loire-Atlantique. « Cette démarche participative permet à chacune de reprendre confiance de retrouver une place choisie dans la société. »
Nos équipes se donnent tout le temps voulu pour expliquer à la personne les dispositifs, les procédures, les décisions de justice… pour favoriser l’autonomie. « L’accompagnement consiste à faire avec et non à la place. C’est très important dans la valorisation des personnes victimes du système prostitueur », souligne la délégation de Seine-Maritime. « Nous créons une dynamique d’entraide positive », note la Haute-Garonne.
Les leviers ? « Mettre l’accent sur l’insertion sociale, prendre en compte les conséquences du vécu prostitutionnel, faire preuve de souplesse, favoriser les capacités et les potentialités de chacune ».
Une personne n’est jamais réduite à ses problèmes ou à sa situation de victime de prostitution. « Notre accompagnement, c’est bien sûr les aider à avoir des papiers, un logement, un emploi. Mais c’est bien la totalité de la personne que nous prenons en compte » affirme la délégation du Val-de-Marne. Pour aider les femmes à s’évader de leur quotidien et créer des liens sociaux, l’équipe propose des activités sportives et socio-culturelles, comme cette visite commentée au cimetière du Père-Lachaise, institution touristique et historique parisienne : « Beaucoup des personnalités inhumées étaient inconnues des femmes que nous accompagnons. Mais nous avons été très émues lorsque, autour de la tombe d’Édith Piaf, elles ont spontanément entonné “La Vie en rose” ! ».
Toutes les délégations du Mouvement du Nid offrent ces temps de respiration, qui « permettent aux participantes de se percevoir autrement que par le prisme de la prostitution », souligne la délégation de l’Essonne. À Besançon, entre les visites guidées au Musée des Beaux-Arts, les séjours sportifs et le jardinage avec l’aide du service espaces verts de la mairie, des personnes accompagnées ont trouvé le temps de participer à une compétition culinaire de quartier, le concours de soupe Bol Bol Bol, qu’elles ont remporté !
S’inscrire dans la vie du quartier, s’approprier sa ville… est important pour des personnes qui expérimentent quotidiennement le mépris des « clients » et des passants. Grâce à ces actions « hors les murs » les femmes retrouvent leur place légitime dans l’espace public : une pierre jetée contre l’isolement et la relégation construits par le système proxénète.
Le bénévolat : l’ arme secrète de l’accompagnement au Mouvement du Nid
Notre association possède un atout : le fait que ses actions incluent, ou sont organisées par, des bénévoles. Cela permet « l’émergence de relations égalitaires, fondées sur le partage », résume l’équipe de Nantes ; c’est « l’expérimentation d’un collectif non jugeant », pour la délégation de l’Essonne ; « l’accompagnement par des équipes bénévoles a un impact très positif pour créer du lien », observe la délégation de Haute-Garonne.
Dans le Doubs, 52 permanences d’accueil (baptisées « La Pause ») ont été tenues chaque lundi en 2025. Les bénévoles du Bas-Rhin offrent également ces temps « informels, pour accueillir librement les personnes qui le souhaitent (…), un espace chaleureux où faire une pause, rompre l’isolement ». Et en Moselle, « l’équipe bénévole joue un rôle crucial dans la socialisation, l’apprentissage informel du français et le soutien moral lors des temps collectifs ».
L’équipe constate que ces permanences bénévoles sont l’occasion d’un premier accueil, où la personne se rend de son propre chef : c’est très différent d’un rendez-vous perçu comme imposé avec un travailleur social. La régularité des permanences permet de suivre sa propre temporalité.
Même constat dans l’Essonne, qui propose avec la permanence bénévole « un espace d’accueil souple et accessible, une écoute informelle favorisant la création de lien et l’inscription progressive dans un accompagnement plus structuré ».
À Toulon, les bénévoles maintiennent un lien fort, grâce au téléphone et à la messagerie instantanée. Lors d’une fête de fin d’année, l’équipe a demandé aux personnes de répondre anonymement à la question « que retenez-vous de cette année avec le Mouvement du Nid ? ». Voici quelques réponses : « Ça donne envie d’aller de l’avant », « On est soutenue dans nos projets », « Sortir, rigoler, danser ! »
Dans le Val-de-Marne, la permanence du samedi est une activité importante qui implique fortement les bénévoles. Les personnes y sont accueillies de manière inconditionnelle, sans rendez-vous. Les enfants accompagnent leurs mamans. Pour permettre à celles-ci de se reposer et d’échanger avec l’équipe, deux bénévoles, l’une étudiante en psychologie, l’autre éducatrice spécialisée, s’occupent des petits, avec une attention portée à leurs difficultés éventuelles, ce qui permet de conseiller les femmes voire de les orienter vers une structure adaptée si nécessaire. La permanence bénévole est un rouage essentiel de l’accompagnement et représente une réussite collective originale, au point qu’en 2025, deux étudiantes sociologues en ont fait leur terrain d’étude et sont venues en observation.
Santé : tant de besoins invisibilisés
Liés à la violence extrême et répétée caractéristique de la prostitution, les dommages sur la santé globale (physique et psychique) des personnes sont considérables. Le Mouvement du Nid s’est emparé de cette question centrale, entre autres par la réalisation d’une étude santé inédite et participative, en collaboration avec l’Inserm, qui a permis d’interroger en détail plus de 300 personnes connaissant ou ayant connu la prostitution. Voire notre synthèse Aspire ici.
Cette recherche scientifique a confirmé nos observations de terrain : il est tout autant nécessaire de sortir de la prostitution pour retrouver la santé, que d’être bien soigné·e pour pouvoir sortir de la prostitution. L’impact des violences est vertigineux : plus de 60 % des personnes présentent des symptômes de stress post-traumatique – contre un quart des militaires ayant participé à une guerre et 72 % déclarent des troubles du sommeil et des troubles alimentaires.
Rapidement, beaucoup de participant·es faisant passer le questionnaire Aspire ont mentionné des « bénéfices immédiats » : meilleure connaissance du vécu des personnes, orientation vers des soins qu’elles percevaient auparavant comme inutiles, prise d’autonomie sur leur santé… Deux professionnel·les du Mouvement du Nid ont donc eu l’idée d’adapter le matériel d’enquête pour créer une trame d’aide à l’entretien, permettant de faire un état des lieux rapide mais complet sur tous les aspects de leur santé. Cet outil très apprécié est remis à nos partenaires et aux stagiaires de nos formations.
Toutes nos délégations aident les femmes à s’orienter dans les parcours de soin, à obtenir des prises en charge et à rencontrer des professionnel·les de santé respectueux et aidants. De nombreux partenariats existent : dans les Hauts- de-France, l’équipe travaille avec le centre de santé mentale Diogène ; la délégation de Moselle a pour partenaire le Centre Pierre Janet où les personnes sont accueillies pour le soin des traumatismes. « Les séances de psychothérapie apportées à ces victimes constituent un levier important pour faire face aux défis majeurs dans leur parcours en France », constate la délégation de Haute-Garonne, qui accueillie une psycho- logue pour soulager des personnes souffrant de « pathologies anxio-dépressives accompagnées de sentiments de désespoir, de honte et de culpabilité, des troubles du sommeil et des revivis- cences. »
La délégation des Alpes-Maritimes propose elle aussi des entretiens hebdomadaires avec une psychologue, par ailleurs membre de l’équipe. Dans le Bas-Rhin, une psychologue du CIDFF 67 se déplace dans les locaux de la délégation pour que des personnes qui en ont besoin accèdent à un entretien en anglais ou en français, une fois par semaine. En Martinique, des consultations psychologiques hebdoma- daires sont proposées en langue espagnole, anglaise et créole.
La délégation de Martinique organise aussi des permanences avec une infirmière et des médecins, et des ateliers collectifs sur la contraception, le dépistage, la santé reproductive et sexuelle. Dans le Doubs et le Bas-Rhin, grâce à des partenariats, des permanences santé sont organisées pour aborder des questions d’ordre médical dans tous les domaines et s’informer sur ses droits en matière de santé.
Travailler en partenariat, question de principe et de pragmatisme !
L’accompagnement du Mouvement du Nid est autonomisant. Nous encourageons l’ouverture et les relations sociales afin d’éviter de rejouer une dynamique d’enfermement et de dépendance avec les personnes accompagnées.
Dans l’Eure-et-Loir, une réflexion avec la déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité a permis de revoir le format de la commission départementale de lutte contre la prostitution (CDLP), réunie plus souvent afin de fluidifier l’accès aux dispositifs de droit commun et à l’hébergement. Le contenu des commissions permet aux participant·es de s’y intégrer plus facilement et surtout, de consacrer davantage de temps aux situations présentées.
En Essonne, la délégation a participé à trois réunions de la CDLP (dont 2 en Seine-et-Marne), pour partager les réalités de terrain, identifier les freins persistants et proposer des ajustements. « Sur un territoire étendu et aux réalités contrastées, la qualité de l’accompagnement repose sur la capacité à travailler en réseau », rappelle l’équipe, qui a réalisé en 2025 pas moins de 46 rencontres avec des acteurs issus de champs variés : accompagnement social, juridique, soutien à la parentalité, insertion, hébergement, santé, autonomie et mobilité.
Le besoin d’étayage et de coordination est partagé par tous. « Notre délégation joue un rôle de point d’ancrage et de relais vers les autres acteurs sociaux », note la délégation de Haute-Garonne, de même que celle de la Moselle qui déve-loppe et renforce son maillage territorial « dans une logique de complémentarité et de cohérence des actions en faveur de la protection des victimes ». L’équipe est membre du Réseau Soli- daires d’Associations Messines et du réseau de lutte contre les violences faites aux femmes. Elle siège au Comité de suivi de la prostitution des mineures, instance liant le Parquet, le Département et la Protection Judiciaire de la Jeunesse.
Dans les délégations, il n’est pas rare que les rencontres partenariales soient co-organisées avec des femmes accompagnées, comme à Strasbourg où la délégation du Bas-Rhin a reçu, lors d’un petit-déjeuner festif, l’ensemble de ses partenaires et ses soutiens institutionnels.
Encadré Mineures : l’urgence d’agir collectivement
Toutes nos délégations font le constat d’une forte augmentation de demandes concernant des mineures et des toutes jeunes majeures en prostitution, mettant en lumière les difficultés à mobiliser des solutions adaptées d’accueil, d’hébergement et d’accompagnement. C’est tout un tissage partenarial qui s’élabore, et dans lequel nos délégations apportent leur expertise de terrain, notamment dans les Comités de suivi départementaux qui se mettent progressivement en place.
En Île-de-France, les délégations franciliennes ont créé en 2025 une Mission régionale sur la prostitution des mineurs, avec un poste de chargé de mission dédié, dont le rôle est de venir en appui des équipes départementales du Mouvement et d’intervenir auprès des services de protection de l’enfance des départements couverts. Elle propose également de la prévention secondaire et du co-accompagnements des jeunes victimes. 20 jeunes ont eu des entretiens avec notre salariée tandis que 13 autres étaient suivies indirectement via le soutien aux professionnel·les et aux parents. 25 demandes sont en attente.
Parmi toutes ces jeunes, toutes ont subi des situations de violence avant la mise en prostitution, et la moitié souffre d’addictions. 9 sur 10 sont des filles.
60 % sont déscolarisées.
Si vous souhaitez vous aussi participer à cette action de terrain solidaire et transformatrice, rejoignez-nous !



