Laurence Rossignol : le « travail du sexe » perpétue les stéréotypes à la racine du viol

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Laurence Rossignol, sénatrice et ancienne ministre des droits des femmes, est engagée depuis toujours aux côtés des abolitionnistes. Elle n’a jamais mâché ses mots. On lui doit une quantité de travaux féministes, le dernier étant, avec trois autres sénatrices, le rapport « Porno, l’enfer du décor ».

« Je suis étonnée que les courants les plus à gauche, les plus anticapitalistes, si prompts à dénoncer la marchandisation des biens communs, ne voient aucune contradiction à promouvoir celle du corps des femmes. Cette incohérence est troublante.

Si les mots ont un sens, banaliser le “travail du sexe”, c’est banaliser l’achat de “services sexuels”. Sous couvert de démarginaliser les personnes prostituées, ce qui est validé, c’est le comportement des “clients”. C’est tout bénéfice pour eux et pour les proxénètes, qui en toute logique ne peuvent que devenir des employeurs.

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Inscrivez-vous à notre Lundi de Prostitution et Société le 12 décembre : « Ni un travail, ni du sexe ».

Laurence Rossignol : la clé de voûte des violences contre les femmes

Or, le “travail” en question est la clé de voûte des violences faites aux femmes. Dès qu’il est possible d’acheter, de louer ou de vendre le corps et le sexe de “prostituées”, celui de toutes les femmes peut être loué, acheté ou vendu. C’est toute la lutte contre les violences sexistes et sexuelles qui en est affaiblie, voire anéantie.

Enfin, le “travail du sexe” perpétue des représentations de la sexualité qui différencient celle des hommes et celle des femmes : il accrédite l’idée des besoins prétendument irrépressibles des premiers et celle d’une sexualité féminine sans désir ; c’est-à-dire les stéréotypes qui sont à la racine du viol.

Les défenseurs du patriarcat ont affûté leurs couteaux, leur résistance est immense et la violence a rarement été aussi grande. On m’accuse d’être putophobe… Non. Je suis clientophobe, michetophobe, proxophobe.

À l’heure de metoo et des dénonciations des violences sexuelles, la prostitution reste un cas à part. Il y a là les formes nouvelles et les rebonds du patriarcat. Il a été obligé de lâcher sur ses fondamentaux mais il parvient à conserver l’objectification du corps des femmes contre rémunération. Il est même parvenu à trouver des alliées chez les féministes!

Il y a des avancées, bien sûr, la loi de 2016 qui accompagne les personnes prostituées et pénalise les “clients”, et aujourd’hui la levée du voile sur les violences que subissent les actrices dans le milieu pornographique. Mais à quel prix ! 

C.L

A lire également, notre article sur le rapport du Sénat : le porno, ce n’est pas du cinéma

Cette interview est publiée dans notre dossier « Ni un travail ni du sexe », qui sera mis en ligne le samedi 10 décembre sur ce site.

Plus d’interviews issues de notre dossier : 

Rachel Silvera, économiste : « Dans la prostitution, c’est l’intégralité de la personne qui est atteinte »

Annie Ferrand, psychologue : « il paie pour qu’elle consente et se taise »