La prostitution, un choix individuel?

La prostitution, un choix individuel ? La question du choix est au coeur de l’argumentaire des partisans de l’idéologie du « travail du sexe », qui veulent maintenir la personne en situation de prostitution en agente principale de la prostitution, en ignorant les « clients » et les tierces parties. Pour les abolitionnistes, cette vision des choses prolonge une vision patriarcale de la mise à disposition du corps des femmes (donc des femmes entières) pour les hommes.
Voici nos arguments :

Choix individuel ou choix de société ?

  • Le vécu subjectif individuel d’une personne qui affirme agir en adéquation avec sa volonté n’est jamais questionnable. Il n’est donc pas en question ici, nous le respectons.
À l’échelle collective, la sociologie et la psychologie démontrent l’existence de facteurs susceptibles de favoriser certains parcours de vie. 90% des prostituées sont des femmes, la moitié des personnes rencontrées au Mouvement du Nid l’ont été pour la première fois mineures, 95% ont été victimes de violences préalables à la prostitution (étude Aspire, 2025), 80% sont étrangères.
Cela s’observe également dans les pays règlementaristes : en Allemagne, en 2019, près de 90% des femmes prostituées dans les maisons closes étaient des victimes de traite des êtres humains issues de pays d’Europe du Sud-Est et d’Afrique (Hilke, L., « Trouble in Paradise: the rise and fall of Germany’s ‘brothel king’ », The Guardian, 2019).
En outre, une écrasante majorité des femmes prostituées sont issues de milieux précaires (les enfants placés sont particulièrement vulnérables) et s’engagent dans la prostitution pour survivre (Marcia, H.-B., « Trading for a place: Poor Women and prostitution », Journal of Poverty, 1998).
Dans un tel contexte, il est difficile de regarder la prostitution davantage comme un choix que comme la conséquence des vulnérabilités et violences subies, qui exposent les personnes concernées à davantage de violences encore. Sachant tout cela, on peut considérer que cela ne peut être un « choix de société », ni un projet pour elle.

 

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La contrainte contre le choix

  • De nombreux facteurs de contrainte existent dans la prostitution. Réseaux de traite, proxénétisme, violences conjugales conduisent de nombreuses femmes à la prostitution. 85% des femmes interrogées en 2025 indiquent avoir subi de la part de leurs « clients » des viols, des agressions et des insultes (étude Aspire, 2025) auxquels elles n’avaient jamais consenti. Ainsi, même si l’on voulait regarder la prostitution comme une activité choisie, il faudrait encore admettre que celles qui l’exercent y subissent de nombreuses violences, jamais choisies.

La prostitution, c’est une catastrophe à tous les niveaux.

On a une marge de manœuvre, une capacité d’agir
extrêmement faibles dans la prostitution. La seule capacité qu’on ait,
c’est ce qu’on est capable de refuser de subir.

Et encore, il y a plein
de femmes qui sont dans l’incapacité totale de refuser de subir quoi que ce soit

Ambre, La Vie en Rouge

 

Le choix de qui ?

  • La prostitution n’est-elle pour autant jamais un choix ? En réalité, le choix de la prostitution n’appartient pas aux personnes qui la subissent, mais avant tout au « client » prostitueur : il choisit la personne et la nature de l’acte sexuel qu’il souhaite, indépendamment de tout désir exprimé par cette dernière. Il a le privilège de choisir car il détient le pouvoir d’exercer sa volonté, en échangeant son argent contre le consentement d’autrui. Il n’est d’ailleurs pas rare que les « clients » ne respectent aucunement la volonté exprimée par celles qu’ils ont choisies : refus des préservatifs, actes sexuels imposés alors qu’ils étaient refusés, négociation des tarifs a posteriori, refus de payer. Dire non expose alors la personne prostituée à des violences, qui peuvent aller jusqu’au féminicide.

Un choix, jusqu’où ?

  • Même si l’on veut réduire le choix à l’expression du consentement indépendamment des circonstances de celui-ci, pour qu’une sexualité soit libre, il faudrait pouvoir en disposer à tout moment. Or le paiement borne cette liberté : dès lors qu’un « client » a payé pour une relation sexuelle, celle qui a reçu l’argent ne peut plus se désengager, ou alors à la marge, et se trouve contrainte de subir des violences.

NB : Nous reviendrons à ce propos sur la loi belge, qui tente de répondre à cet écueil, en formalisant par contrat le « droit au refus ». Nous en soulignerons la « bonne intention », mais l’enfer n’en est-il pas pavé : nous mettrons en regard de cette intention la réalité de terrain qui rend la disposition inepte face aux exigences du marché.