Extraits : Elles et ils parlent des « clients »
Elles -- et ils, aussi -- nous parlent des "clients". Le rapport de pouvoir, la jouissance de disposer de l'autre, le mépris qui n'est jamais loin, la violence même... Un envers du décor que la société ne souhaite pas entendre, elle qui préfère voir dans le recours aux personnes prostituées une prétendue soupape de sécurité ou un acte anodin.
Madeleine : « aujourd’hui, je vis sans peur »
Madeleine est gaie, volubile et rit beaucoup. De 2012 à 2019, elle a connu la prostitution pour survivre et financer les études de ses...
Adriana : Je suis contente parce que je suis vivante.
Je suis arrivée en France en 1997. J'avais 16 ans. Avant, je vivais chez mes parents, en Albanie, à Tirana. J'étudiais l'anglais dans une école professionnelle. À 14 ans, j'étais d'ailleurs allée passer un an en Angleterre. À 16 ans, j'ai rencontré un jeune homme.
Clementina : Libre, mais pour faire quoi, pour aller où?
Clémentina a été reconnue victime de la traite des êtres humains. Enlevée dans son pays, l’Albanie, par un réseau, elle a tout subi : les pires violences des proxénètes et des « clients » puis l’indifférence d’une société qui n’a pas prévu les moyens nécessaires pour l’aider à se reconstruire. C’est le Mouvement du Nid qui a tout mis en œuvre pour lui permettre de croire encore en l’avenir ; avec du temps, de l’imagination et beaucoup d’amitié.
Raïssa : Les clients? Je ne veux plus jamais en parler. Plus jamais y...
Je suis arrivée en France au mois de mai. Là-bas, en Albanie, je suis allée à l'école jusqu'à 12 ans. Je n'ai pas eu de parents, c'est ma grand-mère qui m'a élevée. Je n'avais qu'elle et ma tante. À 12 ans, on m'a mariée avec un homme de presque 30 ans. Je ne l'avais jamais vu, personne ne m'a demandé mon avis. En Albanie, ce sont les hommes qui décident.
« Pendant 2 ans, mon avocat m’a imposé des rapports sexuels »
Nezha, qui a subi violence conjugale, violence prostitutionnelle puis viols et attouchements de la part de son avocat, se demande si elle sera un jour reconnue comme victime.
Roxane : J’ai tout arrêté. Tout sauf la parole et l’écriture.
J’ai arrêté en août 2019. Ça a duré deux ans. Il fallait que je parle de tout ça. Je crois au témoignage. Dire. Parler. Écrire.
Fiona, 2/2 : «In the « underground » everybody keeps silent»
Testimony, second part. Fiona describes prostitution by contract. The competition, the mugging, the aggressions, the taxes, the « posh » clients, alcohol to a point where one could no longer stand on one's feet, the phoney police checks. The banality. A banality ratified by law, for the greater benefit of both the brothels and the state.
Naïma : J’ai le sentiment que les clients préfèrent celles qui sont en pleine...
À 16 ans, mon père a découvert que j’avais un flirt. Il m’a menacée avec une arme. Je me souviens de ses mots : Je...
T., étudiant : Aucun étudiant sain d’esprit ne se prostitue par plaisir.
T. a connu le trottoir il y a quatre ans. Puis la prostitution à domicile. Il avait 18 ans. Cette expérience a été cruciale pour lui, on peut même dire traumatisante. Il nous a contactés pour témoigner, avec hésitation d'abord, rage ensuite, envie de tout arrêter pour finir. Dire n'est pas facile. Même dans l'anonymat. T. en est l'exemple vivant et torturé. Notre échange s'est fait par courriels, T. refusant l'entretien en tête à tête. Nous en publions ci-dessous quelques extraits.










