Stéphanie Lamy : la terreur masculiniste
Stéphanie Lamy est chercheuse spécialiste des guerres de l’information et militante féministe. Avec La terreur masculiniste, parue aux Éditions du détour, elle s’attaque aux...
Kajsa Ekis Ekman, journaliste
L’idéologie du travail du sexe opère une fusion entre la gauche post-moderne et la droite néolibérale. Le vocabulaire est de gauche mais le contenu idéologique est néolibéral et conservateur.
Réhabilitons les plaisirs partagés et l’égalité femmes-hommes!
Le 5 janvier 2012, Le Monde.fr publiait une tribune du chanteur Antoine intitulée "Face à l'hypocrisie puritaine, réhabilitons les plaisirs du lit.". Le 13 janvier 2012 toujours dans Le Monde.fr, Claudine Legardinier lui répond:
La prostitution est-elle soluble dans le P.I.B.?
L’Europe ultra libérale a encore frappé, et sa dernière trouvaille a une odeur rance. On aurait pu espérer que le 21ème siècle allait jeter aux poubelles de l’histoire le mode de calcul du fameux Produit Intérieur Brut (P.I.B.), dont la conception repose sur une vision du monde sans foi ni loi qui quantifie la
richesseproduite par les accidents de la route et les catastrophes écologiques. C’est tout le contraire ! N’écoutant que le son du tiroir-caisse, le nouveau diktat d’Eurostat en remet une couche en y intégrant ces formidables facteurs de réussite économique que sont la prostitution et la drogue.
La demande des « clients » en question à l’ONU
Le recours aux personnes prostituées n’est pas un droit fondamental des hommes.En février 2006, Sigma Huda, rapporteuse spéciale sur les droits fondamentaux des victimes de la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, a publié son premier rapport[[Intégration des droits fondamentaux des femmes et de l'approche sexospécifique, Sigma Huda / Conseil économique et social des Nations Unies, février 2006. À télécharger sur cette page.">ce qui] témoigne d’une interprétation profondément erronée de la pratique actuelle de la prostitution dans le monde. Abordant la dimension de la demande des "consommateurs de services sexuels", Sigma Huda rappelle la nécessité pour les Etats de prendre des mesures dissuasives en référence à l’article 9 du Protocole :
Les Etats Parties adoptent ou renforcent des mesures législatives ou autres, telles que des mesures d’ordre éducatif, social ou culturel, notamment par le biais d’une coopération bilatérale et multilatérale, pour décourager la demande qui favorise toutes les formes d’exploitation des personnes, en particulier des femmes et des enfants, aboutissant à la traite.Pour la rapporteuse,
en s’engageant dans un rapport sexuel rémunéré, le consommateur de services sexuels inflige à la victime de la traite un grave dommage supplémentaire qui équivaut à un viol, en sus et au-delà des moyens préjudiciables employés par d’autres pour la faire entrer ou la maintenir dans la prostitution.(…) Il existe de sérieuses raisons de penser que de nombreux consommateurs de services sexuels savent que les femmes et les enfants avec lesquels ils ont des rapports sexuels sont soumis à des moyens illicites énoncés dans le Protocole, et que des normes culturelles très répandues encouragent le recours à des personnes prostituées malgré cette connaissance.Sans illusion, elle ajoute que
même les mieux intentionnés des consommateurs de services sexuels seront probablement incapables de faire la différence entre les femmes qui ont été victimes des moyens illicites énoncés dans le Protocole et les autres, si tant est que celles-ci existent.En considérant le
caractère sexospécifique de la demande, Sigma Huda relève un acte dans lequel
les acteurs se conforment à des rôles sociaux qui prescrivent certaines manières masculines de se comporter, de penser, de savoir et de posséder un pouvoir social.Elle dénonce des hommes qui s’engagent
dans une forme hautement sexualisée de racisme dans laquelle ils se convainquent rationnellement que l’exploitation sexuelle ne porte pas préjudice aux femmes et aux enfants de race, de nationalité ou de groupe ethnique différents.
Réprimé-e-s, les prostitué-e-s sont plus vulnérables
La politique de lutte contre la traite a jusqu’ici été axée sur la prévention et la répression du comportement des trafiquants ou sur la réduction de l’offre des victimes par l’intermédiaire de campagnes d’information ou autres. La Rapporteuse juge ces mesuresimportantes et nécessairesmais estime qu’elles
doivent s’accompagner de projets ciblés visant expressément à décourager la demande. Elle accompagne ses réflexions d’une affirmation de taille dans un texte de l’ONU :
le recours à des personnes prostituées n’est pas un droit fondamental des hommes.Faisant état de la loi suédoise qui pénalise les clients, elle la juge
particulièrement appropriée contre la demande, notamment pour sa
fonction normative. C’est une expression concrète et tangible de la conviction qu’en Suède les femmes et les enfants ne sont pas à vendre.Sigma Huda critique les lois internes qui répriment les personnes prostituées et contribue à les rendre plus vulnérables et plus susceptibles de devenir victimes du proxénétisme. Face à l’argument de la clandestinité croissante de la prostitution, toujours opposé à ceux qui souhaitent la pénalisation des clients, la Rapporteuse estime que
la légalisation de la prostitution a pour effet de faire passer des atteintes aux droits de l’homme pour un simple travail légitime, "occultant" ainsi certaines atteintes commises au vu de tous.Pour elle, cette légalisation
crée un climat favorable à la demande et doit donc être déconseillée.Enfin, elle souligne l’avancée importante que représente l’instauration de la compétence extraterritoriale permettant par exemple de poursuivre les adeptes du tourisme sexuel impliquant des enfants. Elle se félicite particulièrement des mesures prises par l’ONU, les Etats-Unis, la Norvège qui ont interdit à leur personnel militaire d’avoir recours aux services de personnes prostituées et termine en citant des campagnes d’information, d’éducation et de sensibilisation visant à décourager la demande (Chicago, sensibilisation du grand public ; Madrid, campagne d’affichage, etc).
Didier Jaffiol, Protection Judiciaire de la Jeunesse de Marseille
Il faut trois volets essentiels : une prise en charge des personnes, une politique d’éducation et de prévention, une vraie lutte contre le proxénétisme.
Sophie Binet et Sabine Reynosa (CGT) : la prostitution est une des expressions...
La prostitution se développe sur le terreau de la misère, de la privation des droits.
Loi finlandaise ou casse-tête chinois ?
Si le projet initial était d’adopter une loi semblable à celle de la Suède, qui pénalise depuis 1999 tout acheteur de services sexuels, les députés ont fait marche arrière.
Sauve qui peut les clients !
Tout est bon pour avoir la peau la loi de 2016. Dernière arme en date, un documentaire qui, sans rougir de honte, exploite le seul meurtre de femme prostituée survenu en Suède, (par son ex-conjoint et non dans le cadre de la prostitution) depuis que le pays a initié la pénalisation des clients prostitueurs en 1999(1). On en reste le souffle coupé.
Geneviève Albert : « Plonger le spectateur dans une expérience viscérale de la prostitution »
Geneviève Albert signe, avec Noémie dit oui, son premier long métrage de fiction, au plus près de la réalité








