Marie Cervetti : « 30 % des femmes hébergées en 2019 ont été en prostitution »
Outre les viols et autres violences sexuelles, les jeunes femmes en fugue ou en errance, courent un danger de prostitution. Ce risque demeure hélas...
La demande des « clients » en question à l’ONU
Le recours aux personnes prostituées n’est pas un droit fondamental des hommes.En février 2006, Sigma Huda, rapporteuse spéciale sur les droits fondamentaux des victimes de la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, a publié son premier rapport[[Intégration des droits fondamentaux des femmes et de l'approche sexospécifique, Sigma Huda / Conseil économique et social des Nations Unies, février 2006. À télécharger sur cette page.">ce qui] témoigne d’une interprétation profondément erronée de la pratique actuelle de la prostitution dans le monde. Abordant la dimension de la demande des "consommateurs de services sexuels", Sigma Huda rappelle la nécessité pour les Etats de prendre des mesures dissuasives en référence à l’article 9 du Protocole :
Les Etats Parties adoptent ou renforcent des mesures législatives ou autres, telles que des mesures d’ordre éducatif, social ou culturel, notamment par le biais d’une coopération bilatérale et multilatérale, pour décourager la demande qui favorise toutes les formes d’exploitation des personnes, en particulier des femmes et des enfants, aboutissant à la traite.Pour la rapporteuse,
en s’engageant dans un rapport sexuel rémunéré, le consommateur de services sexuels inflige à la victime de la traite un grave dommage supplémentaire qui équivaut à un viol, en sus et au-delà des moyens préjudiciables employés par d’autres pour la faire entrer ou la maintenir dans la prostitution.(…) Il existe de sérieuses raisons de penser que de nombreux consommateurs de services sexuels savent que les femmes et les enfants avec lesquels ils ont des rapports sexuels sont soumis à des moyens illicites énoncés dans le Protocole, et que des normes culturelles très répandues encouragent le recours à des personnes prostituées malgré cette connaissance.Sans illusion, elle ajoute que
même les mieux intentionnés des consommateurs de services sexuels seront probablement incapables de faire la différence entre les femmes qui ont été victimes des moyens illicites énoncés dans le Protocole et les autres, si tant est que celles-ci existent.En considérant le
caractère sexospécifique de la demande, Sigma Huda relève un acte dans lequel
les acteurs se conforment à des rôles sociaux qui prescrivent certaines manières masculines de se comporter, de penser, de savoir et de posséder un pouvoir social.Elle dénonce des hommes qui s’engagent
dans une forme hautement sexualisée de racisme dans laquelle ils se convainquent rationnellement que l’exploitation sexuelle ne porte pas préjudice aux femmes et aux enfants de race, de nationalité ou de groupe ethnique différents.
Réprimé-e-s, les prostitué-e-s sont plus vulnérables
La politique de lutte contre la traite a jusqu’ici été axée sur la prévention et la répression du comportement des trafiquants ou sur la réduction de l’offre des victimes par l’intermédiaire de campagnes d’information ou autres. La Rapporteuse juge ces mesuresimportantes et nécessairesmais estime qu’elles
doivent s’accompagner de projets ciblés visant expressément à décourager la demande. Elle accompagne ses réflexions d’une affirmation de taille dans un texte de l’ONU :
le recours à des personnes prostituées n’est pas un droit fondamental des hommes.Faisant état de la loi suédoise qui pénalise les clients, elle la juge
particulièrement appropriée contre la demande, notamment pour sa
fonction normative. C’est une expression concrète et tangible de la conviction qu’en Suède les femmes et les enfants ne sont pas à vendre.Sigma Huda critique les lois internes qui répriment les personnes prostituées et contribue à les rendre plus vulnérables et plus susceptibles de devenir victimes du proxénétisme. Face à l’argument de la clandestinité croissante de la prostitution, toujours opposé à ceux qui souhaitent la pénalisation des clients, la Rapporteuse estime que
la légalisation de la prostitution a pour effet de faire passer des atteintes aux droits de l’homme pour un simple travail légitime, "occultant" ainsi certaines atteintes commises au vu de tous.Pour elle, cette légalisation
crée un climat favorable à la demande et doit donc être déconseillée.Enfin, elle souligne l’avancée importante que représente l’instauration de la compétence extraterritoriale permettant par exemple de poursuivre les adeptes du tourisme sexuel impliquant des enfants. Elle se félicite particulièrement des mesures prises par l’ONU, les Etats-Unis, la Norvège qui ont interdit à leur personnel militaire d’avoir recours aux services de personnes prostituées et termine en citant des campagnes d’information, d’éducation et de sensibilisation visant à décourager la demande (Chicago, sensibilisation du grand public ; Madrid, campagne d’affichage, etc).
CLEF : une violation fondamentale des droits humains
En France, la CLEF (créée en 1991) regroupe environ 75 associations, majoritairement abolitionnistes. Elle représente le Lobby Européen des Femmes (LEF), la plus grande fédération d’associations de femmes dans l’UE, plus de 2500 organisations.
Gérard Biard, rédac’ chef de Charlie-Hebdo et porte-parole de « Zéromacho »
C’est une imposture de dire que la prostitution relève de la liberté sexuelle. Si elle venait à disparaître, aucune pratique sexuelle, aussi fantaisiste soit-elle, ne serait empêchée. La sexualité n’y perdrait rien.
« Comme s’il existait un droit du ‘travail du sexe' » !
Florence Jacquet, qui avait déjà publié dans nos colonnes une tribune en trois parties, a souhaité revenir sur le sujet, dans le cadre de notre campagne "Ni un travail, ni du sexe"
Ségolène Neuville, députée des Pyrénées-Orientales
Les bordels de la Jonquera ont des conséquences sur toutes les femmes.
Serge Rohlfshagen, militant de Ni Putes Ni Soumises
La prostitution! c'est les autres.
Rencontre avec Jonathan Machler et Héma Sibi, de CAP international « En une...
Jonathan Machler est directeur de CAP international, Héma Sibi coordinatrice du plaidoyer et de l’étude « Last Girl First ». Au lendemain du congrès...
Nous ne voulons pas que les « clients » soient impunis, nous qui avons connu la...
Une dizaine de survivantes de la prostitution se sont mobilisées pour écrire un texte exceptionnel expliquant pourquoi, selon elles, il ne faut pas que la pénalisation des "clients" soit abrogée.
Proxénétisme aggravé : selon que vous serez puissant ou misérable…
Six mois de prison ferme, une inscription au fichier des infractions sexuelles, des milliers d’euros à verser en dommages et intérêts… Une jeune fille de 19 ans, L., a ainsi été condamnée par le tribunal correctionnel de Lorient le 3 juillet 2015 pour proxénétisme aggravé. A l’issue du verdict qui touche cette toute jeune femme au parcours fracassé, on ne peut s’empêcher de penser à la confortable relaxe des messieurs du Carlton, et notamment à "Dodo La Saumure", nettement plus chanceux…








